Mémoire de 2016 : la tribune de Michel Ongoundou Loundah relance le débat sur la vérité et la réconciliation

9 juillet 20260
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À quelques semaines du 10ème anniversaire des violences post-électorales de 2016, une tribune de Michel Ongoundou Loundah, publiée par LeRadar.ga, remet au premier plan une question que beaucoup pensaient reléguée au passé : celle de la mémoire, de la justice et de la réconciliation nationale.

Intitulée « Dix ans après, le sang n’a toujours pas séché », cette contribution dépasse largement le registre de la polémique politique. Elle se présente comme une réflexion sur la manière dont une Nation affronte les épisodes les plus douloureux de son histoire.

L’auteur ne cherche pas à rouvrir les blessures pour le seul plaisir de la controverse. Il pose, au contraire, une interrogation plus fondamentale : une République peut-elle durablement se construire sans avoir regardé en face les drames qui l’ont précédée ?

Une mémoire que le temps n’a pas effacée

Le point de départ de la tribune est la diffusion, sur les réseaux sociaux, d’une lettre ouverte attribuée à des victimes et rescapés des violences de 2016. L’auteur adopte une position nuancée. Il rappelle que l’anonymat de cette lettre « commande la prudence » et «  interdit de tenir pour acquises toutes les affirmations qu’elle contient ».

Mais il ajoute aussitôt qu’il serait «  tout aussi imprudent de l’écarter d’un revers de main ». Cette précaution méthodologique lui permet de déplacer le débat. Plus que le contenu de la lettre, c’est ce qu’elle révèle qui importe : l’existence d’une douleur qui n’a jamais réellement disparu. L’une des phrases les plus marquantes résume cette idée : « Il est des blessures que le temps apaise. D’autres ne guérissent jamais vraiment. Elles apprennent seulement à se taire. » En quelques mots, Michel Ongoundou Loundah décrit une mémoire collective qui continue de produire ses effets malgré le silence officiel.

Une lecture globale des crises gabonaises

L’autre apport majeur de cette tribune réside dans la mise en perspective historique des événements récents. L’auteur rappelle qu’après les violences de 2016, le Gabon a connu deux coups d’État militaires en l’espace de quatre ans : celui du lieutenant Kelly Ondo en janvier 2019, puis celui du 30 août 2023.

Il ne traite pas ces épisodes comme des événements isolés, mais comme les manifestations successives d’une même fragilité institutionnelle. La formule est particulièrement révélatrice : « Les crises se succèdent, mais les blessures demeurent. On change les institutions, sans toujours apaiser les consciences. »
Cette analyse élargit le débat au-delà de la seule question électorale pour interroger la capacité de l’État à reconstruire le lien national.

Une critique du Dialogue national inclusif

La tribune comporte également une critique politique ciblée. L’ancien sénateur de la Transition relève que les autorités actuelles présentent régulièrement le Dialogue national inclusif comme le socle de la Ve République. Il observe cependant qu’une proposition importante n’a jamais été retenue : la création d’un mécanisme indépendant chargé d’établir les responsabilités dans les violences de 2016. Pour lui, cette omission explique en partie pourquoi le débat ressurgit aujourd’hui avec autant d’intensité.

Le malaise du calendrier

Le passage le plus personnel de la tribune concerne sans doute la proximité des dates du 30 et du 31 août. L’auteur écrit : « Il est difficile de parler pleinement de libération lorsqu’une partie de nos concitoyens estime que sa douleur attend toujours reconnaissance, vérité et justice. » Cette phrase constitue probablement le cœur du texte. Elle ne remet pas directement en cause la célébration du 30 août, mais elle souligne qu’une commémoration nationale ne peut produire tous ses effets tant que subsiste un sentiment d’injustice chez une partie des citoyens.

Une proposition : organiser une catharsis nationale

Au-delà du constat, Michel Ongoundou Loundah avance une proposition concrète. Il appelle à l’organisation d’une « véritable catharsis nationale », définie non comme un procès politique ou une chasse aux sorcières, mais comme un espace où victimes, témoins, familles, institutions et anciens responsables pourraient être entendus. Selon lui, « La vérité n’est pas une menace pour une démocratie ; elle en est l’un des fondements. » Cette idée s’inscrit dans les expériences menées dans plusieurs pays ayant connu des conflits politiques ou des transitions, où la recherche de la vérité a souvent constitué une étape préalable à une réconciliation durable.

Une conclusion qui interpelle

La force de cette tribune réside également dans sa conclusion. Michel Ongoundou Loundah y affirme que les changements institutionnels ne suffisent pas à eux seuls à reconstruire une Nation. Il écrit : « Le sang de 2016 n’a peut-être plus la couleur des premiers jours. Mais il n’a toujours pas séché. » Puis il conclut par une formule appelée à marquer les esprits : « Aucune Nation ne bâtit durablement son avenir sur des tombes auxquelles elle refuse de donner un nom, une histoire et une justice. »

Une contribution appelée à nourrir le débat public

Qu’on partage ou non ses analyses, cette tribune s’inscrit parmi les textes qui cherchent moins à alimenter la confrontation politique qu’à poser une question de fond : comment un pays peut-il construire l’avenir sans avoir pleinement assumé son passé ?

À l’approche du 10ème anniversaire des événements de 2016, elle remet au centre du débat trois notions qui demeurent indissociables : la mémoire, la vérité et la justice. Trois exigences que l’auteur considère comme les conditions d’une réconciliation nationale véritable et, au-delà, de l’achèvement du projet porté par la Ve République.

RDB

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