« L’État de droit ne se proclame pas, il se respecte » La CNR livre un sévère réquisitoire contre la gouvernance actuelle
La Coalition pour la Nouvelle République (CNR) et les partis politiques qui lui sont alliés ont choisi de hausser le ton. Réunis ce vendredi en fin de matinée au quartier Louis, dans le 1er arrondissement de Libreville, leurs principaux responsables ont rendu publique une Déclaration sur l’état réel de la Nation, dans laquelle ils dressent un constat particulièrement critique de la situation politique, institutionnelle et sociale du pays.
Autour du président de la CNR, le Pr Vincent Moulengui Boukossou, également président de l’URDP, avaient pris place Francis Hubert Aubame et Michel Renwombi, respectivement président et vice-président du PSE-PP, Daniel Bouka, vice-président du PGP, Pierre Mapiga, président du PDN, ainsi que Michel Ongoundou Loundah, président de REAGIR. Une présence qui traduisait la volonté des différentes composantes de la coalition de s’exprimer d’une seule voix sur les grandes questions nationales.
Pendant près d’une heure, l’intervenant a développé un réquisitoire méthodiquement argumenté contre les principales dérives observées depuis le début de la Transition. D’emblée, il a affirmé que leur démarche répondait au « souci de voir le Gabon être gouverné sur la base de sa loi fondamentale, socle d’un véritable État de droit », avant de dénoncer des « dérapages constitutionnels » qu’ils jugent désormais récurrents, tant en matière de libertés publiques que de gouvernance.
Libertés publiques et foncier : les critiques les plus appuyées
Les libertés publiques ont constitué l’un des principaux axes de la déclaration. Revenant sur l’incarcération de l’ancien Premier ministre Alain-Claude Bilie-By-Nze, les responsables de la coalition ont rappelé que, selon ses avocats, « le dossier d’inculpation est vide », les faits reprochés n’ayant jamais été juridiquement qualifiés. Ils ont résumé leur interrogation en une formule qui a marqué l’assistance : « Monsieur Alain-Claude Bilie-By-Nze est finalement prisonnier pourquoi et prisonnier de qui ? »
Dans le même registre, la CNR a dénoncé le maintien de la suspension des réseaux sociaux ainsi que le traitement réservé à plusieurs voix critiques, citant notamment l’activiste Bob Mengome et le journaliste Médar Tounda Youbi comme exemples des atteintes aux libertés fondamentales.
Autre sujet longuement développé : la réforme foncière. Selon la coalition, l’ordonnance du 26 février 2026 relative au régime de la propriété foncière crée les conditions de « malversations, de fraudes et de spoliations » en consacrant un titre foncier « définitif, irrévocable et inattaquable », y compris lorsqu’il aurait été obtenu de manière frauduleuse. La CNR estime que cette disposition fragilise particulièrement les droits des populations autochtones face à la spéculation foncière.
Les responsables de la coalition se sont notamment interrogés sur le sort réservé aux communautés Sékiani, Benga, Mpongwé, Akélé et Fang, présentes depuis des générations dans l’Estuaire, qu’ils estiment aujourd’hui menacées dans leurs droits coutumiers sur leurs terres ancestrales.
Pour illustrer les conséquences de cette réforme, plusieurs affaires récentes ont été évoquées, notamment le drame survenu au quartier Batterie IV, où, selon la coalition, « un compatriote a trouvé la mort alors qu’il défendait à mains nues sa propriété ancestrale ». Les situations signalées à l’avenue de Cointet et au Cap-Estérias ont également été citées comme révélatrices d’une insécurité foncière grandissante.
CNAMGS, secteur minier, Mbanié : une mise en cause plus large de la gouvernance
Au-delà des libertés publiques et du foncier, la déclaration s’est étendue à plusieurs dossiers jugés emblématiques de la gouvernance actuelle. Les responsables de la CNR ont notamment évoqué les difficultés de la CNAMGS, la gestion du secteur minier ainsi que le différend frontalier avec la Guinée équatoriale.
Sur ce dernier point, ils ont regretté le manque de lisibilité de la position officielle du Gabon, estimant que les développements récents « laissent la porte ouverte à toutes sortes de spéculations ».
En conclusion, la Coalition pour la Nouvelle République et ses alliés ont réaffirmé leur volonté d’exercer un rôle de veille démocratique. Sans appeler à la confrontation, ils ont plaidé pour un respect strict de la Constitution, une protection effective des libertés publiques et une gouvernance davantage fondée sur le droit, la transparence et la responsabilité, résumant leur message en une formule qui a servi de fil conducteur à toute leur déclaration : « L’État de droit ne se proclame pas, il se respecte. »
RDB






