Regarder en arrière pour mieux bâtir l’avenir : une rétrospective historique pour éclairer la gouvernance de la Cinquième République gabonaise

19 avril 20250
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L’élection du général Brice Clotaire Oligui Nguema à la magistrature suprême, le 12 avril 2025, marque un tournant historique pour le Gabon. Ce scrutin, salué pour sa transparence et son climat apaisé, symbolise l’aspiration collective à une rupture avec les errements du passé. L’avènement de la Cinquième République ne saurait toutefois être pleinement compris sans un retour lucide sur les trajectoires politiques qui ont façonné la nation depuis l’indépendance. C’est à cette lumière que doivent être pensées les réformes à venir, pour qu’elles s’enracinent durablement dans les réalités et les espoirs du peuple gabonais.

À l’aube de la souveraineté nationale, en 1960, le Gabon adopte une structure parlementaire avec Léon Mba à sa tête. Rapidement, ce modèle révèle ses limites. En 1961, le présidentialisme s’impose, puis en 1964, une tentative de coup d’État, suivie d’une intervention militaire française, expose la fragilité des institutions et l’emprise persistante de l’ancienne puissance coloniale. Cette Première République, fondée sur des équilibres ethno-politiques et une légitimité exogène, peine à incarner une dynamique démocratique authentique.

La mort de Léon Mba en 1967 ouvre la voie à Albert Bernard Bongo , dont le long règne installe un régime centralisé autour d’un parti unique, le Parti Démocratique Gabonais (PDG), fondé en 1968. Si la stabilité institutionnelle et la paix sociale sont mises en avant, c’est au prix d’une mise sous cloche du pluralisme et d’une personnalisation excessive du pouvoir. Le système se structure autour de réseaux clientélistes alimentés par les rentes pétrolières, tandis que la participation citoyenne et le débat démocratique s’étiolent. L’uniformisation politique l’emporte sur la vitalité républicaine.

Le vent du renouveau souffle dans les années 1990 avec l’ouverture au multipartisme et la tenue d’une conférence nationale, marquant la naissance de la Troisième République. Ce moment charnière suscite un regain d’espoir, porté par des réformes institutionnelles et des élections pluralistes. Mais l’espoir est de courte durée. Les scrutins sont contestés, les institutions restent sous contrôle, et les contre-pouvoirs peinent à émerger. Une « démocratie de façade » prend le pas sur un véritable processus d’alternance. Le pouvoir conserve ses réflexes autoritaires, dissimulés sous un vernis de pluralisme.

Avec l’accession d’Ali Bongo Ondimba en 2009, à la suite du décès de son père, une nouvelle étape s’ouvre. La Quatrième République se veut modernisatrice. Le Plan Stratégique Gabon Émergent incarne cette volonté affichée d’efficacité et d’innovation. Mais les réalités sociales demeurent marquées par les inégalités, la corruption et une centralisation excessive du pouvoir. L’élection présidentielle de 2016, marquée par la violence et les soupçons de fraude, achève de délégitimer un régime déjà affaibli par la maladie du chef de l’État en 2018 et une tentative de coup d’État en 2019. La rupture devient inévitable.

C’est dans ce contexte que le Comité pour la Transition et la Restauration des Institutions (CTRI), dirigé par le général Oligui Nguema, intervient le 30 août 2023 pour mettre fin à un processus électoral contesté. Cette transition, loin de se résumer à un simple interlude militaire, engage un processus profond de refondation. Le CTRI initie un retour au dialogue, à l’éthique publique, et à l’écoute des citoyens. La mise à l’écart des figures du régime précédent et les premières réformes amorcent une réconciliation entre l’État et son peuple. Cette période, bien que brève, redonne espoir à une population longtemps marginalisée dans la prise de décision.

L’élection présidentielle de 2025 s’inscrit donc comme l’aboutissement d’un cycle et le point de départ d’un autre. Elle ouvre les portes d’une Cinquième République que l’on souhaite résolument tournée vers l’inclusion, la transparence, et l’efficacité institutionnelle. Le président Oligui Nguema, désormais porteur d’une forte légitimité populaire, se voit confier une mission exigeante : refonder la gouvernance nationale sur des bases solides, en garantissant la séparation des pouvoirs, l’indépendance de la justice, la reddition des comptes, et la justice sociale.

L’histoire du Gabon enseigne que la longévité d’un régime ne repose ni sur la force ni sur le contrôle, mais sur la légitimité, la participation, et la capacité à incarner les aspirations du peuple. Toute gouvernance qui s’éloigne de cette vérité finit tôt ou tard par s’effondrer. La Cinquième République ne pourra se construire que sur la mémoire assumée des erreurs passées, la lucidité des choix présents et la volonté partagée d’un avenir à bâtir ensemble.

Puisse cette nouvelle ère être celle d’un sursaut collectif, d’un dépassement des clivages anciens, et d’un engagement sincère pour une République réconciliée avec elle-même.

Eugène-Boris ELIBIYO,
Citoyen Gabonais et
Observateur de la vie publique du pays.

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