Questionnement de l’Honorable : "qui sont nos véritables bâtisseurs ?"

13 septembre 20260
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Dans un libre propos, l’Honorable Justine Judith Lekogo, députée du deuxième arrondissement de Franceville, élue de la Nation s’interroge. "Qui sont nos véritables bâtisseurs ?" se questionne t-elle.

Il y a des matins où certaines choses deviennent difficiles à comprendre. Depuis quelque temps, j’observe avec beaucoup d’interrogations la manière dont certains parcours sont présentés dans l’espace public. Des hommes et des femmes sont régulièrement décrits comme de « grands bâtisseurs », des modèles de réussite, des exemples pour la jeunesse.

On nous montre leurs immeubles, leurs entreprises, leurs réalisations personnelles. On raconte leurs parcours avec admiration.

Mais je me pose une question simple :

Qu’est-ce qu’un véritable bâtisseur ? Est-ce celui qui a accumulé une importante fortune personnelle après avoir passé plusieurs années à la tête d’administrations publiques ? Est-ce celui qui a construit des immeubles privés dans sa ville après avoir géré les ressources de l’État ? Ou est-ce celui qui, par son action, a réellement contribué à construire son pays ?

Cette distinction est essentielle. Car nous devons avoir le courage de regarder également l’origine des richesses.

Lorsqu’une personne ayant essentiellement vécu de revenus publics connus se retrouve, après plusieurs années de responsabilités administratives ou politiques, à la tête d’un patrimoine considérable — immeubles, sociétés, terrains, investissements ou biens à l’étranger — la question de la provenance de cette richesse est légitime.

Ce n’est pas une attaque. C’est une question de redevabilité publique.

Et cette question devient encore plus importante lorsque la période pendant laquelle cette personne exerçait des responsabilités publiques a été marquée par des interrogations, des irrégularités ou des observations concernant la gestion des ressources de l’État.

Des rapports des institutions de contrôle peuvent parfois relever des faits graves. Certains responsables peuvent être cités dans ces rapports sans pour autant avoir fait l’objet d’une condamnation judiciaire définitive.

Mais devons-nous pour autant effacer toutes les questions et transformer automatiquement ces parcours en modèles de réussite ?

Je ne le pense pas.

Parce qu’il existe une différence fondamentale entre s’enrichir personnellement et enrichir son pays.

Construire un immeuble qui vous appartient n’est pas la même chose que construire un hôpital qui appartient à la Nation.

Créer une fortune personnelle n’est pas la même chose que créer durablement des emplois, développer une industrie, contribuer à l’éducation de milliers de jeunes ou améliorer les conditions de vie des populations.

Et surtout :

Bâtir pour soi avec des ressources dont l’origine est contestable ne peut pas être présenté comme bâtir pour la République.

Notre pays connaît encore trop d’inégalités.

Nous avons encore des routes à construire et à réhabiliter, des établissements de santé à renforcer, des écoles à améliorer, des jeunes à former et à insérer, des travailleurs qui attendent leurs salaires et des populations qui vivent parfois dans des conditions difficiles.

Dans ce contexte, il serait dangereux de donner à notre jeunesse le mauvais signal selon lequel la réussite se mesure uniquement à la taille du patrimoine accumulé.

Plus dangereux encore serait de lui faire croire que le passage par la gestion publique constitue un raccourci vers l’enrichissement personnel.

Nous devons changer cette culture.

Je crois profondément que la Ve République doit aussi être une rupture dans notre manière de définir la réussite et l’exemplarité.

Nous avons besoin de nouveaux modèles. Des femmes et des hommes qui créent avec leurs propres moyens. Des entrepreneurs qui prennent des risques. Des agriculteurs qui développent leur production. Des ingénieurs qui inventent. Des enseignants qui forment. Des médecins qui soignent. Des fonctionnaires qui servent avec intégrité. Des jeunes qui entreprennent sans attendre d’accéder à une position publique pour réussir.

Voilà les bâtisseurs que nous devons davantage mettre en lumière.

Je ne dis pas qu’il est interdit à un ancien responsable public de devenir riche ou entrepreneur.

Je dis simplement que la richesse doit pouvoir être expliquée, assumée et, lorsque cela est nécessaire, contrôlée.

La République ne peut pas être un moyen d’enrichissement personnel. La fonction publique n’est pas un fonds d’investissement privé. Les ressources de l’État appartiennent au peuple.

Et lorsqu’elles sont mal gérées, ce n’est pas seulement le budget de l’État qui souffre : ce sont des écoles qui ne sont pas construites, des routes qui ne sont pas réhabilitées, des hôpitaux qui manquent de moyens, des entreprises qui ne voient pas le jour et des générations entières qui prennent du retard.

Alors, oui, je me pose cette question.

Qui sont réellement nos modèles ? Qui sont nos véritables bâtisseurs ? Ceux qui ont réussi personnellement pendant leur passage aux responsabilités publiques ? Ou ceux qui ont permis à la collectivité de progresser ?

Nous devons avoir ce débat.

Sans haine.
Sans règlement de comptes.
Sans chercher à condamner qui que ce soit à la place de la justice.

Mais avec suffisamment de courage pour ne plus confondre fortune personnelle, pouvoir politique et mérite national.

La jeunesse gabonaise mérite mieux que des success stories dont elle ne connaît jamais véritablement l’histoire.

Elle mérite des modèles dont elle peut comprendre le parcours, l’effort, l’intégrité et la contribution à la Nation.

Un immeuble peut être grand.
Une fortune peut être impressionnante.
Un parcours peut être prestigieux.

Mais le véritable bâtisseur est celui qui laisse derrière lui un pays plus fort qu’il ne l’a trouvé.

C’est cela, à mes yeux, la véritable mesure de la réussite.

Questionnement de l’Honorable
Justine Judith LEKOGO,
députée du deuxième arrondissement de Franceville,
élue de la Nation ce matin.

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