QUEL EST LE PEUPLE AUTOCHTONE DE MULUNDU ?

22 novembre 20190
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Quel est le peuple autochtone de Mulundu ? C’est la question que tente de répondre Nestor BINGOU, Magistrat,Ancien Procureur de la République.

Des idées prétendument conçues présentent souvent le département de Mulundu, en général, et la commune de Lastoursville, en particulier, comme la localité des Adouma, des Nzebi et des Awandji, bien que les noms Mulundu et Lastoursville n’aient aucun lien avec ces communautés.

Mulundu vient du nom "ouloundou", en Akélé pur ou "moloundou", en Akélé-ndassa. Ce nom, de tout temps, a désigné une racine de la forêt vierge équatoriale, produisant une eau limpide et ayant de vertus à la fois thérapeutiques et mystiques. Associée à d’autres produits, cette eau permettait d’arracher l’aveu des délinquants au cours des interrogatoires de la justice traditionnelle. L’auteur des faits qui avalait des gorgées d’oloundou ou moloundou était immédiatement attaqué par des sensations d’étouffement qui ne le libéraient qu’après aveu. Par contre, le mis en cause qui buvait cette eau sans réaction était déclaré innocent. Cette pratique mystérieuse a donné l’expression" mè ti kouka noto oulondou ngouèyi", traduite littéralement par "Je ne peux pas boire son ouloundou ou moloundou", autrement dit "je ne peux pas témoigner de son innocence".

Le nom Lastoursville, quant à lui, reste un emprunt de la colonisation, l’appellation originelle étant Mandji, un mot encore Akélé désignant l’embouchure ou la partie du fleuve ou d’une rivière divisée en plusieurs bras. La première école primaire créée par des missionnaires catholiques dans cette localité porte toujours ce nom originel de la ville de Lastoursville : l’école catholique de Mandji. Les communautés s’étant postérieurement installées dans la localité, ont transformé Mandji en Madi, puis Madiville, avant que le premier explorateur débarqué sur les lieux ne lui attribuât le nom de Lastoursville, dérivé de "De Lastours", son propre nom.

Sur l’ensemble du territoire national, les villes ayant la dénomination Mandji portent toutes la marque de l’antériorité du peuple Oungom. Ainsi, la quasi totalité des quartiers de Lastoursville et des rivières du département de Mulundu portent des noms Akélé : Libongui, Mwana njokou, Mikacha, Limbega, Lipopa, Yaguiou, Lekoudji, Mamboinguo, Ya chébê etc.

La grande interrogation est alors de savoir comment les communautés sœurs, arrivées bien après dans la localité, règnent-elles aujourd’hui sans partage à Mulundu ? La réponse est à rechercher dans les opportunités politiques offertes aux uns et autres par le pouvoir Bongo-PDG, du nom de son concepteur Omar Bongo, proche ami de Migolet, avec lequel il créa ce système le 12 mars 1968 à Koula-Moutou.

Profitant de la proximité avec Bongo, Migolet plongea dans un nombrilisme primaire, axé sur la promotion des cadres Nzebi. Dans le même temps, par coup de miracle, Mognon Sidoine, un Oungom-Kota de Lastoursville, réussit à se hisser au rang de Directeur de Cabinet Adjoint du Président de la République. Plutôt que de s’inscrire dans l’ethnisme de Migolet et assurer la promotion des cadres Akélé, Mognon préféra présenter à son ami Migolet, un certain Etienne Guy Mouvagha Tsioba, de la communauté Awandji-Adouma, bien évidemment pour une éventuelle promotion.

Devenu la plus haute autorité politique de Mulundu, Mouvagha s’érigea en meilleur chantre du nombrilisme de Migolet, allant jusqu’à la dénégation de l’existence d’autres communautés dans le département de Mulundu. Les graines de cette politique d’exclusion ethnique continuent de germer à Lastoursville. Le Ministre d’Etat Paulette Missambo, d’heureux souvenir, avait pourtant réussi à rétablir l’équilibre entre les communautés, en positionnant plusieurs cadres Akélé à des hautes fonctions de responsabilité administrative, voire politique. Depuis sa sortie du gouvernement, ses successeurs, fidèles à la politique d’exclusion ethnique de leur maître Mouvagha, n’ont jamais pu se relever le défi. Ils continuent de se battre pour que même des strapontins postes des conseils municipal et départemental reviennent à leurs communautés, toutes choses auxquelles peu d’hommes vertueux associeraient leur voix

Dans ce contexte, il est évident que tout rêve de voir un jour entrer au Gouvernement un Akélé de Mulundu, n’est pas permis, la politique des passe-droits et des privilèges ethniques ayant encore droit de citer dans le pays des Bongo au 21ème siècle.

Mais une chose est certaine, la course aux postes de responsabilité ne changera rien de l’histoire de Mulundu, qui reste la propriété du grand peuple Oungom(akélé, kota, shamaye, shake ndassa, mbaghoiun, sisiu), encore majoritaire dans cette contrée et qui n’a jamais cessé de saluer la présence parmi les siens d’autres communautés sœurs, car l’avenir de Mulundu est dans le rassemblement, la solidarité, le partage entre tous, et nulle part ailleurs. Que les chantres du nombrilisme se méprennent.

J’ai foi en la jeunesse mulundoise qui se bat, année après année, à sortir des schémas sordides et des clivages ethniques qui lui ont été servis pendant des décennies par une classe politique inqualifiable et peu recommandable.

Nestor BINGOU, Magistrat,
Ancien Procureur de la République

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