Pourquoi le gouvernement gabonais a eu raison de protéger la plante iboga et pourquoi il doit donc être chaleureusement félicité
La protection de l’iboga (« Tabernanthe iboga », de son nom scientifique), notre « plante miracle » est un nouvel acte de souveraineté pour le Gabon sous le sceau de la Vè République. Cette décision impose le respect et confirme, une fois encore, la vision du Président de la République, Chef de l’État, Chef du Gouvernement, Son Excellence Brice Clotaire Oligui Nguema, pour la refondation du Gabon.
Le Gouvernement gabonais a, en effet, décidé de protéger l’iboga, cette plante qui constitue, à la fois, une ressource biologique menacée, un patrimoine culturel et spirituel majeur, un réservoir potentiel pour la recherche scientifique et un actif économique exposé à des risques d’appropriation extérieure.
La présente contribution de l’Université du Leadership Citoyen — organe spécialisé de réflexion, de veille scientifique, de formation des militants et sympathisants, et de soutien à l’action gouvernementale (l’UDB étant le parti au pouvoir) par une expertise cohérente — vise à démontrer que cette décision gouvernementale est salutaire.
Elle affirme, toutefois, qu’une telle mesure ne sera pleinement pertinente que si la protection ne se réduit pas à une simple interdiction administrative, mais intègre trois éléments fondamentaux : (1) la conservation de la ressource, (2) la prise en compte effective des droits des communautés détentrices et (3) un soutien financier substantiel à la recherche scientifique nationale.
1-Préserver une ressource naturelle menacée
La première raison est écologique. La demande internationale croissante d’iboga et d’ibogaïne a accru la pression sur les populations locales. La récolte traditionnelle, parfaitement maîtrisée, était durable ; en revanche, l’exploitation commerciale intensive, le déracinement des plantes et l’absence de replantation ; comme on le voit aujourd’hui, peuvent compromettre le renouvellement de l’espèce.
Un rapport consacré à l’avenir de l’iboga relève que l’iboga sauvage est surexploité en Afrique centrale, notamment au Gabon, et que cette situation affecte à la fois la plante, les écosystèmes forestiers et les communautés qui en dépendent. Il indique également que le gouvernement gabonais avait déjà suspendu, en 2019, les exportations de cette plante en raison des préoccupations relatives à la durabilité de la ressource.
Cette justification est particulièrement pertinente, car une ressource naturelle peut disparaître ou devenir inaccessible à ses détenteurs traditionnels lorsque sa valeur internationale augmente plus rapidement que les capacités nationales de contrôle.
La protection de l’iboga répond donc au principe de précaution et à la nécessité d’organiser une exploitation durable : inventaire, quotas éventuels, interdiction de l’arrachage abusif, développement de plantations et traçabilité des produits.
La première justification est d’ordre écologique.
La demande internationale croissante d’iboga et d’ibogaïne exerce une pression accrue sur les populations naturelles de la plante. Si la récolte traditionnelle, lorsqu’elle est correctement maîtrisée, demeure durable, l’exploitation commerciale intensive, le déracinement des spécimens et l’absence de replantation compromettent aujourd’hui la régénération naturelle de l’espèce.
Un rapport consacré à l’avenir de l’iboga souligne que Tabernanthe iboga sauvage est surexploitée en Afrique centrale, particulièrement au Gabon. Cette situation affecte non seulement la plante elle-même, mais également les écosystèmes forestiers et les communautés qui en dépendent pour leurs pratiques culturelles, spirituelles et thérapeutiques.
Face à ces préoccupations, le gouvernement gabonais avait, une première fois, suspendu, par arrêté du 4 février 2019, l’exportation de l’iboga, brute ou dérivée, afin de préserver la durabilité de la ressource. Cette mesure traduisait déjà la volonté de prévenir une exploitation incontrôlée et de protéger une plante reconnue comme patrimoine national.
Cette justification est particulièrement pertinente : lorsqu’une ressource naturelle acquiert rapidement une valeur internationale, elle peut devenir rare, voire inaccessible aux communautés qui en sont les dépositaires traditionnels, si les capacités nationales de régulation ne suivent pas.
La protection de l’iboga répond donc au principe de précaution et à l’exigence d’une gestion durable de la ressource.
Elle implique notamment :
* La réalisation d’inventaires scientifiques des populations d’iboga ;
* L’établissement éventuel de quotas de récolte ;
* L’interdiction de l’arrachage abusif et des pratiques non régénératrices ;
* Le développement de plantations durables, communautaires ou privées ;
* La mise en place d’un système de traçabilité des produits issus de l’iboga.
La préservation de l’iboga constitue ainsi une condition indispensable pour concilier la valorisation économique de la plante, la sauvegarde de la biodiversité forestière et la continuité des droits et pratiques des communautés gabonaises.
2-Protéger un patrimoine culturel et spirituel
L’iboga n’est pas une plante ordinaire au Gabon. Il est associé à des pratiques thérapeutiques, initiatiques, sociales et spirituelles, notamment dans le cadre du Bwiti. Il est ainsi lié à la mémoire historique de plusieurs communautés gabonaises et à la transmission de savoirs relatifs à la forêt, aux usages médicinaux et aux pratiques rituelles.
Si en l’an 2000, le Gouvernement gabonais avait déjà reconnu l’iboga comme patrimoine national, la réglementation de 2026 l’inscrit désormais dans une logique plus large de « patrimoine stratégique national », en incluant la plante, ses dérivés alcaloïdiques — notamment l’ibogaïne — et les savoirs traditionnels associés.
Cette justification est pertinente pour deux raisons.
D’une part, elle empêche que l’iboga soit réduit à une simple matière première pharmacologique, détachée de son histoire et des communautés qui ont préservé les connaissances qui lui sont liées. D’autre part, elle contribue à la réhabilitation d’un élément culturel souvent présenté exclusivement comme une substance hallucinogène ou une « drogue », alors qu’il possède une signification beaucoup plus complexe dans les sociétés gabonaises.
Toutefois, la protection patrimoniale doit respecter la diversité des communautés concernées. Elle ne devrait pas conduire à une confiscation étatique des savoirs, ni à une uniformisation administrative des pratiques du Bwiti. La participation des détenteurs traditionnels doit donc être réelle, et non simplement symbolique.
3-Eviter l’appropriation des ressources et des savoirs
La troisième raison concerne la souveraineté nationale et la justice historique. L’iboga et les savoirs qui lui sont associés ont suscité un intérêt croissant de la part de chercheurs, d’entreprises pharmaceutiques, de cliniques et d’investisseurs étrangers. Or, la valeur économique et scientifique produite à l’étranger peut être beaucoup plus importante que les revenus revenant au Gabon et aux communautés locales.
La décision du Gouvernement justifie ainsi vise donc à contrôler l’accès à la ressource, encadrer les recherches, protéger les connaissances traditionnelles et garantir un partage équitable des avantages. Le projet de réglementation s’appuie notamment sur le Protocole de Nagoya et sur le traité de l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle relatif aux ressources génétiques et aux savoirs traditionnels associés.
La pertinence de cette justification est forte. Il serait difficilement acceptable que le Gabon fournisse la plante et les connaissances, tandis que la recherche, les brevets et les bénéfices industriels seraient principalement développés ailleurs. Le principe du partage des avantages vise précisément à corriger cette asymétrie.
Dans cette perspective, le décret prévoit :
* une autorisation préalable pour les activités liées à l’iboga ;
* la protection juridique des savoirs traditionnels ;
* l’encadrement des demandes de brevets ;
* un partage des avantages entre l’État et les communautés autochtones et locales ;
* la création d’un Fonds souverain de l’iboga destiné à financer la recherche, la filière et la valorisation culturelle.
La pertinence du dispositif dépendra, cependant, de son application. Le partage des avantages devra être vérifiable, documenté et suffisamment décentralisé pour que les communautés qui récoltent, cultivent et transmettent les savoirs ne soient pas écartées au profit de l’administration centrale ou d’intermédiaires privés.
4-Soutenir la recherche scientifique et médicale
L’iboga contient plusieurs alcaloïdes, dont l’ibogaïne, qui font l’objet de recherches pharmacologiques. L’intérêt scientifique porte notamment sur les usages potentiels dans le traitement des dépendances et certaines problématiques de santé mentale. Le Gouvernement gabonais considère donc que la plante ne doit pas être exportée sans contrôle alors qu’elle pourrait contribuer au développement de la recherche nationale et à la création d’une expertise gabonaise.
Dès 2000, des responsables gabonais de la santé expliquaient que les propriétés thérapeutiques de l’iboga pouvaient intéresser la pharmacologie et qu’il était nécessaire de l’inscrire au patrimoine culturel afin d’éviter qu’il ne soit « bradé ».
La protection est pertinente sur le plan scientifique parce qu’elle peut permettre au Gabon de passer d’une position d’exportateur de matière première à celle de partenaire de recherche, producteur de données, dépositaire de brevets et acteur de la transformation pharmaceutique. Le Fonds souverain annoncé pourrait soutenir les universités, les laboratoires, la documentation ethnobotanique et les programmes de culture contrôlée.
Il faut néanmoins éviter de présenter l’ibogaïne comme un traitement médical définitivement établi. Les usages thérapeutiques doivent être étudiés dans des conditions scientifiques, médicales et éthiques rigoureuses.
Les risques liés à l’ibogaïne, notamment les complications cardiovasculaires et les décès signalés dans certains contextes non médicalisés, justifient des protocoles de sécurité et un encadrement des pratiques cliniques. Le rapport d’ICEERS souligne d’ailleurs la variabilité des normes de soins et la nécessité de renforcer la sécurité des traitements et des pratiques internationales.
5-Organiser une filière économique nationale
La protection de l’iboga répond également à un objectif de transformation économique. Le Gabon a décidé de ne plus exporter uniquement des ressources brutes, mais à développer des activités nationales de culture, de transformation, de recherche, de certification et de commercialisation.
Le mécanisme prévu par le Gouvernement vise à soutenir une filière structurée, à financer la recherche nationale et à redistribuer une partie des revenus aux communautés concernées. Cette approche correspond à une politique de souveraineté économique : conserver davantage de valeur ajoutée sur le territoire gabonais plutôt que laisser les profits se concentrer dans les pays où sont développés les produits, les brevets et les services liés à l’ibogaïne.
Cette raison est pertinente, mais elle comporte un risque : la commercialisation peut entrer en contradiction avec la protection culturelle et écologique. Une filière rentable ne sera légitime que si elle respecte simultanément :
* la capacité de régénération de la plante ;
* les droits des communautés ;
* la sécurité des utilisateurs ;
* la transparence des contrats ;
* la traçabilité des récoltes ;
* la répartition effective des revenus.
6-Renforcer la lutte contre le trafic
La hausse de la demande internationale a également favorisé les circuits clandestins, les exportations non autorisées et la perte de contrôle sur la chaîne d’approvisionnement. La réglementation vise donc à distinguer les usages traditionnels légitimes des opérations commerciales, scientifiques ou industrielles nécessitant une autorisation.
Des travaux consacrés au trafic de l’iboga indiquent que la déforestation et l’exploitation illégale nuisent aux communautés locales, aux pratiques traditionnelles et à l’environnement. Ils rappellent aussi que l’iboga relève de la protection des biens culturels et des politiques de conservation des ressources naturelles au Gabon.
Cette justification est pertinente, mais une interdiction générale peut produire un effet inverse si elle pousse les activités dans la clandestinité. Une politique efficace doit donc combiner sanctions, contrôle aux frontières, coopération internationale, voies légales d’accès, accompagnement des récolteurs et soutien aux plantations communautaires.
Les raisons avancées par le Gouvernement gabonais sont donc largement fondées. Elles reposent sur quatre exigences complémentaires : (1) protéger l’espèce, (2) préserver le patrimoine culturel, (3) garantir les droits des communautés et (4) faire bénéficier le Gabon de la valeur scientifique et économique de sa ressource.
7-Pour ne pas conclure
La décision du Gouvernement gabonais de protéger l’iboga constitue un acte de souveraineté à la fois écologique, culturelle, scientifique et économique, pleinement justifié au regard des enjeux contemporains de biodiversité, de justice historique et de développement national. En érigeant cette plante en « patrimoine stratégique national » et en instituant un cadre juridique rigoureux — notamment par le décret n° 0239 du 22 mai 2026, complété par l’interdiction totale d’exportation adoptée en septembre 2026 —, l’État réaffirme son devoir de garde envers une ressource menacée par la surexploitation, la biopiraterie et la déconnexion croissante entre la valeur internationale de l’ibogaïne et les bénéfices revenant aux communautés gabonaises.
Cette protection ne saurait, toutefois, se réduire à une mesure restrictive : elle ne prendra toute sa portée que si elle s’accompagne d’une gestion durable de la ressource (inventaires, quotas, plantations, traçabilité), d’une reconnaissance effective des droits et savoirs des communautés détentrices du Bwiti et d’un investissement massif dans la recherche scientifique nationale via le Fonds souverain de l’iboga.
À cette condition, et à cette condition seulement, le Gabon pourra transformer cette décision en levier de refondation : passer d’exportateur de matière première à partenaire de recherche, producteur de données, dépositaire de brevets et acteur de la transformation pharmaceutique, tout en préservant l’intégrité de ses écosystèmes et la dignité de ses traditions.
Ainsi, loin d’être une simple interdiction, la protection de l’iboga incarne une vision stratégique de long terme, conforme aux engagements internationaux du Gabon (Protocole de Nagoya, traité OMPI) et à l’impératif de justice distributive entre l’État, les communautés locales et les investisseurs.
Elle mérite, à ce titre, d’être chaleureusement saluée — et vigoureusement accompagnée — par l’ensemble des forces vives de la nation, conscientes que la souveraineté sur l’iboga est indissociable de la souveraineté du Gabon sur son avenir. Et le Président Oligui Nguema mérite, une fois encore, nos chaleureuses félicitation et tout le soutien de la Nation gabonaise pour sa vision et son courage.
Par le Compagnon Daniel Franck IDIATA MAYOMBO
– Professeur Titulaire des Universités/CAMES 2011-UOB
– Président de l’Université du Leadership Citoyen de l’Union Démocratique des Bâtisseurs (UDB)






