"Pourquoi le Gabon ne peut plus se permettre d’importer son agriculture : l’urgence d’investir dans des systèmes de production au service des Gabonais et de l’économie"

1er juin 20260
Partager

Le Gabon importe aujourd’hui 95% de sa viande de volaille, 80% de ses fertilisants et la quasi-totalité de ses semences certifiées. Chaque année, plus de 450 milliards de FCFA quittent le pays pour acheter ce que nous pourrions produire.

Cette dépendance n’est plus tenable. Elle est géopolitique, économique et sociale. Voici pourquoi.

La souveraineté alimentaire n’est pas une option
Un pays qui ne contrôle ni sa semence, ni son engrais, ni sa protéine animale ne maîtrise pas son destin.

Quand le Brésil décide d’un embargo sur sa volaille ou que le prix des engrais explose à cause d’une guerre à 10 000 km, c’est l’assiette du Gabonais qui trinque. En 2023, le prix du poulet importé a bondi de 40%.

La question n’est plus "peut-on produire local ?" mais "peut-on encore se permettre de ne pas produire ?"

L’hémorragie économique doit cesser
Importer, c’est subventionner des emplois à l’étranger. Produire, c’est créer des salaires au Gabon.

Le calcul est simple : pour 1 FCFA investi dans une Centrale d’Achat Nationale qui sécurise les débouchés des producteurs, 13 FCFA de PIB agricole sont générés en 5 ans. Aucun autre secteur, hors pétrole, n’offre ce multiplicateur.

Objectif réaliste : réduire de 50% nos importations de volaille et d’engrais d’ici 2030. C’est 80 milliards FCFA par an qui resteraient dans l’économie gabonaise, dans les poches des producteurs, des transporteurs, des transformateurs.

L’agriculture, seule réponse massive au chômage des jeunes

60% des Gabonais ont moins de 25 ans. Leur dire "devenez agriculteurs" sans revenu garanti, sans crédit, sans formation, c’est les envoyer dans le mur.

L’équation doit changer. Il faut garantir au jeune rural : "Tu sèmes, tu es formé, tu es financé, et tu sais à qui tu vends avant même de récolter". Un hectare de champ semencier contractualisé, c’est 1 050 000 FCFA de marge nette par an. C’est un métier, pas une survie.

Le programme "Un Élève, Un Arbre, Un Talent" pousse la logique plus loin : dès la 6ème, chaque enfant plante un arbre fruitier tracé digitalement. En 3ème, il récolte et obtient un certificat "Agripreneur Junior". On tue le chômage à la racine en prouvant à chaque jeune qu’il a un talent monétisable.

Produire mieux, pas produire plus à l’aveugle

Le Gabon possède 5,2 millions d’hectares de terres arables. Nous en cultivons environ 5%. Le problème n’est pas la terre, c’est le rendement.

Nous utilisons des engrais conçus pour les plaines russes et des semences "tout-venant" sans traçabilité. Résultat : des sols qui s’appauvrissent et des rendements 3 fois inférieurs à ceux du Cameroun.

La solution passe par les Standards Gabon : des fertilisants formulés pour nos sols acides, des semences certifiées résistantes au climat local, une génétique avicole rustique comme le poulet Goliath. Produire mieux sur moins de surface. C’est l’écologie pragmatique.

La fenêtre CEMAC ne restera pas ouverte

La CEMAC importe 1,2 million de tonnes de volaille chaque année. Le Nigeria ferme ses frontières. Le Cameroun arrive à saturation.

Le Gabon a une carte à jouer : stabilité, port en eau profonde, monnaie commune. Il lui manque l’appareil de production. S’il se structure maintenant autour de 3 filières – fertilisants, semences, Goliath – il devient en 5 ans le grenier de la sous-région.

L’alternative ? Rester le ventre mou qui importe et subit les prix.

Le coût de l’inaction

Ne rien faire, c’est choisir d’importer plus de 550 milliards FCFA de nourriture en 2030. C’est choisir de laisser 100 000 jeunes sans perspective. C’est choisir de subir la prochaine crise aviaire mondiale ou le prochain blocage maritime.

Investir dans des systèmes de production agricole structurés, normés et digitalisés n’est pas une dépense. C’est l’investissement le plus souverain, le plus rentable et le plus social que l’État puisse faire.

Le Gabon ne manque ni de terre, ni de bras, ni d’eau. Il lui manque un système. Le mettre en place, maintenant, est une nécessité. Nous avons des propositions concrètes et des partenaires qui cumulent à eux seuls plus de 100 ans d’expérience en Afrique. La Zambie pourrait être un partenaire capable de contribuer à résoudre le problème du Gabon en apportant la compétence dans les différentes chaînes de valeur, de la terre à la fourchette, en s’appuyant sur la recherche et le développement.

Hervais OMVA
CEO de Mulilonkosi (Zambie), Expert en gestion des patrimoines agricoles et élevage en Afrique, Coordonnateur des programmes IDRC Africa. Cofondateur du Groupement d’intérêt avicole. Cofondateur du programme FEAID. Membre leader de la société civile au Gabon.

Commander mon espace pub

     

Commander mon article

   

Dans la même rubrique

0 Commentaire(s)

Poster un commentaire