Mbanié : De la géopolitique du conflit à la diplomatie de la Paix.
Le 19 mai 2025 restera une date marquante dans l’histoire diplomatique de l’Afrique centrale : la Cour Internationale de Justice a tranché le différend frontalier opposant le Gabon à la Guinée Équatoriale en faveur de cette dernière, au sujet des îles Mbanié, Conga et Cocotier. Cette décision, pourtant attendue de longue date, n’apaise pas les tensions ; au contraire, elle ravive les plaies encore béantes d’un litige ancien, complexe, et à forte dimension géopolitique.
Ce verdict, au-delà de ses conséquences juridiques, pose avec acuité la question de la souveraineté, de la coopération régionale et de l’avenir des relations entre deux peuples frères. Il est temps, au regard des leçons du passé et des exigences du présent, de proposer une nouvelle approche : celle d’un règlement politique, pacifique et mutuellement avantageux.
1. Aux origines du différend : histoire, droit et géopolitique
Le différend autour de l’île Mbanié, ainsi que des îlots Conga et Cocotier, remonte à plusieurs décennies. Il puise ses racines dans la complexité des frontières coloniales, dans l’ambiguïté de certains textes comme la convention de Bata de 1974, mais aussi dans la rareté de cartes précises à l’époque de la décolonisation. L’enjeu ? Un espace maritime stratégique, riche en ressources halieutiques et potentiellement pétrolières, situé au cœur du golfe de Guinée, carrefour névralgique des intérêts maritimes en Afrique.
Ce conflit, bien plus qu’un simple litige territorial, est un révélateur des rapports de puissance entre deux États voisins. En géopolitique, les frontières ne sont jamais neutres : elles traduisent des ambitions, des perceptions identitaires, des projections d’influence. L’île Mbanié devient ainsi un théâtre symbolique de rivalités nationales dans une région en quête d’intégration et de stabilité.
2. La décision de la CIJ : entre droit et désillusion
En se prononçant en faveur de la Guinée Équatoriale, la Cour Internationale de Justice a opté pour une lecture strictement juridique du différend. Mais peut-on, dans des contextes aussi sensibles, séparer le droit de la politique ? Peut-on ignorer les affects, les mémoires, les perceptions populaires ? Le problème central de cette décision réside dans le fait qu’elle crée un gagnant et un perdant, générant ainsi frustration, ressentiment, voire nationalisme exacerbé. Or, en matière de relations internationales, un accord injustement perçu est souvent source d’instabilité.
3. Une autre voie est possible : la diplomatie créative et coopérative
Il est désormais impératif de dépasser l’opposition binaire pour entrer dans une logique de co-construction. Comme le suggèrent les analyses du Professeur Marc Louis Ropivia et du Dr Jonathan Ndoutoume Ngome, un règlement géopolitique — c’est-à-dire négocié, contextualisé, et multidimensionnel — s’avère plus pertinent qu’un jugement strictement juridique.
Dans ce sens, la création d’une zone d’exploitation commune ou mieux, d’un Parc international de la Paix, regroupant les trois îlots, constituerait une réponse novatrice. Ce projet, inspiré d’initiatives similaires dans d’autres régions du monde, transformerait un espace de conflit en un espace de coopération écologique, économique et symbolique. Il pourrait impliquer des chercheurs, des ONG, des acteurs culturels, et redonner un sens à la diplomatie africaine du XXIe siècle : celle de la solidarité, de la paix durable et de l’intégration régionale.
Le contentieux de l’île Mbanié ne doit pas devenir une plaie béante dans le corps de la fraternité gabono-équato-guinéenne. Il doit au contraire être le point de départ d’une réflexion nouvelle sur la manière de penser la souveraineté, les frontières et la coopération en Afrique centrale. Ce conflit illustre à quel point les instruments classiques du droit international peuvent se révéler insuffisants pour régler des différends où l’émotion, la mémoire et la géographie s’entremêlent.
Perspectives
L’avenir des relations entre le Gabon et la Guinée Équatoriale doit s’écrire dans la lucidité, la responsabilité et la créativité. Trois orientations peuvent être suggérées :
1. La relance d’un dialogue bilatéral inclusif, mobilisant historiens, géographes, anthropologues, sociologues, et spécialistes des relations internationales pour penser ensemble une solution équilibrée.
2. La mise en place d’une commission mixte de coopération maritime, chargée de gérer de manière concertée les ressources de la zone disputée.
3. La création d’un parc international de la Paix, symbole fort d’une volonté commune d’aller au-delà des rivalités anciennes pour construire un avenir partagé.
Dans un monde en mutation, où les défis globaux exigent des réponses collectives, le Gabon et la Guinée Équatoriale peuvent, ensemble, ouvrir une voie inédite de résolution pacifique des conflits en Afrique. Il n’est jamais trop tard pour bien faire. Mais il est toujours trop tôt pour renoncer à la paix.
Francis Edgard SIMA MBA
Géopolitologue et Géostratège.
Consultant International MCCA
Analyste Politique.






