"Lettre ouverte à Madame la ministre de l’Education nationale sur les violences en milieu scolaire"

10 octobre 20220
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Philippe César Boutimba Dietha, citoyen gabonais, a adressé une"Lettre ouverte au ministre en charge de l’Education nationale sur les violences en milieu scolaire".

Madame la Ministre,

C’est avec amertume que vos concitoyens ont découvert en même temps que vous la scène de violence inouïe survenue mercredi 28 septembre 2022 au Lycée Paul Émane Éyegue d’Oloumi, douze mois jour pour jour après le "Séminaire sur les stratégies délute contre les violences en milieu scolaire" que le Professeur Patrick Daouda Mouguiama et vous-même aviez tenu les 29 et 30 septembre 2021 à Libreville. Gageons que le fait-divers susmentionné ne soit pas un ixième parmi des milliers qui se produisent chaque année en milieu scolaire, la plupart du temps hors caméra.

1. Le quotidien l’Union qui cite le Censeur Vie Scolaire du 1er cycle (CVS1) a rapporté que l’agresseur est « un élève triplant de cette classe, âgé de 16 ans, et qui jouait le rôle de chef de classe par intérim  ». Madame la Ministre, comment expliquer qu’un recrudescent ait obtenu le mandat de gouverner le reste de ses condisciples ? Comment le professeur principal, le conseil de classe, les censeurs et le proviseur ont-ils pu avaliser une telle votation ? Comment pouvons-nous incriminer les seuls enfants alors que d’autres coupables sont peut-être aussi en face ?

L’Union nous apprend qu’après avoir agressé son petit camarade hors caméra, le « chef de classe par intérim » aurait demandé à une condisciple de filmer la seconde agression qu’il s’apprêtait à faire subir à sa victime. C’est donc la pellicule du « chef de classe  » qui fait le tour des médias depuis 10 jours.

Madame la Ministre, je voudrais féliciter vos personnels d’encadrement qui ont sanctionné ces comportements criminels. Toutefois, j’exhorte le gouvernement de la République et l’administration scolaire à ne pas effrayer les lanceurs d’alerte qui pourraient désormais se taire devant des faits graves.

N’oublions pas que notre pays encourage la dénonciation des violences conjugales, familiales et professionnelles. Si un enfant est désormais sanctionné pour avoir filmé et diffusé une violence en milieu scolaire, quel sera ensuite son état psychologique à l’école, à la maison ou ailleurs ?

Par ailleurs ce vidéogramme odieux a quand même informé les Gabonais sur trois choses :
Premièrement, cette salle de classe est un faubourg académique : à 11h, il n’y avait ni enseignant, ni personnel d’encadrement, ni chef de classe exemplaire.

Deuxièmement, la même salle de classe semble contenir des carriéristes, comme si le statut de collégien était devenu un métier au Gabon.

Les parents d’élèves ont ainsi remarqué que des petits de 10 ou 11 ans côtoient des caïds de 16 ou 17 ans, des élèves qui avaient intégré le système scolaire à l’époque où leurs petits camarades sortaient de la maternité. Les Gabonais n’envoient pas leurs enfants à l’école pour qu’ils vivent ça.

Troisièmement, l’agresseur n’a pas été fermement stoppé par ses autres camarades, comme si les accrochages de cette nature faisaient partie de leur quotidien. Une attitude qui rappelle la paralysie légendaire des populations gabonaises et des forces de sécurité, lorsqu’il s’agit de neutraliser un malandrin sur la voie publique.

2. Madame la Ministre,

Autrefois, un élève ayant obtenu l’entrée en sixième à l’âge de 15 ans était orienté vers un Collège d’Enseignement Technique (CET) ou vers un Centre de Formation Professionnel et de Perfectionnement Pédagogique (CFPP).

Aujourd’hui, les CET sont des lycées techniques et professionnels, avec une formation continue ouverte au public, mais qui n’attire pas grand monde, peut-être par déficit de communication. En effet, le département formation continue de nos lycées techniques forment des professionnels du bois et du bâtiment en 120h de cours, mais les populations n’y vont pas massivement.

Les CFPP d’aujourd’hui ne forment pas selon les besoins du marché. Le Centre Valentin Mihindou-Mi-Nzamba de Tchibanga (pour ne citer que lui) produit des électriciens en bâtiment, des secrétaires comptables et des mécaniciens auto qui ne servent à rien dans la localité. À peine diplômés, les récipiendaires n’ont aucune perspective et passent directement à autre chose. Deux années de formation pour rien.

Madame la Ministre,

Que deviennent les écoles des Cadres Ruraux d’Oyem et des TP de Fougamou ? Où est passée l’ambitieuse perspective des lycées agricoles de Lébamba et d’ailleurs ? Où sont les entrepreneurs agricoles promis par le projet GRAINE ? Et que sont devenus ces programmes alléchants de la pré campagne présidentielle 2016, lorsque votre ancienne collègue de l’insertion des jeunes multipliait les conférences de presse et les émissions télé ? Quel est le bilan de tout ça aujourd’hui ?

Madame la Ministre,

Je vous remercie de m’avoir accordé un peu de votre attention. Que Dieu bénisse le Gabon.

Libreville, le 07 octobre 2022
Philippe César BOUTIMBA DIETHA

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