« Les parlementaires gabonais se moquent éperdument de leurs électeurs. Mais, pour combien de temps encore ? » dixit Nestor Bingou

11 décembre 20190
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« Les parlementaires gabonais se moquent éperdument de leurs électeurs. Mais, pour combien de temps encore ? » C’est la question que se pose l’ancien procureur de la république Nestor Bingou, qui dans un texte, rappelle non seulement le rôle d’un parlementaire, mais dénonce leur mutisme face à la situation qui prévaut actuellement au Gabon.

Aux termes de l’article 36 de la Constitution " Le Parlement vote la loi, consent l’impôt et contrôle l’action du Gouvernement..." Les parlementaires sont de ce fait "les yeux, les oreilles et la voix du peuple". En contrepartie de cette lourde et exaltante mission, ils perçoivent l’un des meilleurs traitements de la République. La noblesse de leur action ne réside alors que dans la défense des intérêts du peuple et nulle part ailleurs. Sous d’autres cieux, les élus du peuple, même lorsqu’ils appartiennent au parti au pouvoir, rivalisent de talents pour être dignes d’arborer l’écharpe de la représentation nationale.

Au Gabon, malheureusement, nous constatons pitoyablement que nos élus nationaux portent plus haut le drapeau de leurs formations politiques que celui de la digne représentation populaire. Serait-il de l’ignorance ou de la peur d’assumer leurs responsabilités ? L’hypothèse de la peur d’être broyé par l’Exécutif me semble la raison principale.

Combien des suffrages du peuple n’ont-ils pas été détournés dans ce pays, dans l’indifférence totale de ceux qui avaient la mission de veiller à ce que cela n’en soit pas ainsi ? Combien de vaillants citoyens, manifestant mains nues sur le territoire national, n’ont pas été massacrés à l’arme de guerre par le pouvoir Bongo-PDG, dans des violences postélectorales, sous le regard complice et apeuré de nos élus nationaux ? Comme si cela ne suffisait pas, nos représentants au Parlement se sont éternellement donné une cécité volontaire face à des violations graves, par le pouvoir, des droits de l’Homme et des libertés fondamentales de la personne humaine.

Alors que leur mission est de créer des mécanismes législatifs de renforcement du pouvoir souverain du peuple, nos parlementaires ont par contre déployé leurs trésors d’imagination pour doter le Gabon d’une loi fondamentale digne des monarchies du golfe, où toutes les institutions de la République sont soumises à l’autorité légale ou de fait du Monarque. Pendant que nos enfants investissaient la rue pour protester contre la mesure inique du Gouvernement tendant au durcissement des conditions d’octroi de la bourse scolaire, les parlementaires du groupe PDG, bien que pères et mères de famille, ont préféré en toute inhumanité se réfugier du côté de l’oppresseur, affirmant solennellement leur soutien au Gouvernement dans la mise en œuvre desdites mesures.

Depuis octobre 2018, Ali Bongo Ondimba dément tous les principes de la médecine, en se remettant de manière spectaculaire d’un AVC avec œdème cérébral, dans des délais jusque-là inimaginables en science, alimentant ainsi des soupçons d’existence d’un sosie à la tête de notre pays. Comme fallait-il s’y attendre, cette situation institutionnelle inédite, d’une extrême gravité pour la Nation, n’a jamais sorti du coma nos chers parlementaires. Bien au contraire, notre Parlement a trouvé en ce drame national, l’occasion de se pousser d’ailes d’arrogance, en refusant catégoriquement de donner suite à la demande d’enquête parlementaire à lui adressée à cet effet par la société civile, conduite par le mouvement syndical Dynamique Unitaire (DU).

La cerise sur le gâteau servi au peuple par ces vénérables et honorables parlementaires a été l’allégeance faite à Brice Laccruche Alihanga, un simple agent public, sans statut constitutionnel, qui s’est arrogé les pouvoirs institutionnels de la Nation, pour mettre en place une machine redoutable de prédation sans vergogne des ressources de l’Etat et de diffusion de l’immoralité dans l’Administration. Dans leurs provinces respectives, les présidents de l’Assemblée Nationale et du Sénat se sont fait l’honneur de transformer leurs écharpes en marchepieds de Brice Laccruche Alihanga, aidés dans cette couardise par la quasi-totalité des membres du Parlement.

Un hommage mérité doit cependant être rendu aux honorables députés Emmanuel Issozé Ngodet, Akbar Onanga Y’obeghe, et ceux du mouvement politique "Appel à agir" qui ont eu la noblesse d’esprit de ne pas franchir cette ligne rouge du ridicule.

Chers compatriotes,

Depuis quelques temps, je lis et écoute les uns et les autres, certains rendant la France et le Maroc responsables de nos malheurs, d’autres pointant du doigt la passivité de notre Armée ou la corruption de notre Justice. Tout cela est vrai et ne pas le reconnaître serait s’éloigner des couloirs de l’honnêteté.

Mais au-delà, n’oublions jamais que le malheur du Gabon a un vrai nom. Il s’appelle le Parlement ou les parlementaires. Ces perfides trompeurs qui mentent pendant les campagnes électorales s’engager pour l’intérêt du peuple et qui, une fois élus, s’en moquent éperdument, composant systématiquement avec les ennemis de la République.

Chers concitoyens,

La trahison au Gabon a un vrai visage, celui de nos députés et sénateurs, qui ont confisqué la seule arme institutionnelle dont dispose le peuple (le Parlement), pour la mettre au service d’aventuriers impérieux et des gangsters invétérés de la République. En ce moment où tout ce que nous avons de plus cher, la Nation, est au bord du précipice, où des schémas institutionnels sordides sont mis en œuvre, nous ne pouvons-nous permettre de mener le combat pour la patrie sans une arme institutionnelle crédible, et la seule dont dispose le peuple, et de loin la plus redoutable, est le Parlement. Menons alors, dans un premier temps, le combat pour sa libération et son fonctionnement optimal, afin que cette arme institutionnelle nous permette demain d’engager d’autres combats citoyens.

Pour libérer le parlement du joug de la trahison et de la peur, nous n’avons d’autre choix que de demander des comptes à nos chers députés et sénateurs. La localité de Léconi nous a offert le bel exemple de ce combat. En effet, devant la recrudescence des crimes rituels et face au silence assourdissant de leurs élus nationaux, les populations de Léconi ont interdit de séjour ces élus dans la localité. Cela est un exemple à suivre, même si la solution envisagée me paraît moins efficace dans le contexte actuel. Il n’est plus question pour nos députés et sénateurs de dormir d’un sommeil du juste tant que la Nation est au bord du chaos. Chacun dans sa localité, et aussi longtemps que la situation de notre pays demeurera dans cet état apocalyptique, doit parler à nos élus, leur envoyer ce message, leur rendre visite, leur rappeler la mission d’un député ou d’un sénateur, les mettre dans nos prières et devant leurs responsabilités.

Que ceux qui croupissent encore dans la peur ou qui estiment ne pas être investis de la mission de défense des intérêts du peuple, aient la noblesse de remettre leur mandat en jeu, afin que des élections partielles soient organisées à cet effet.

Il est temps que partout sur le territoire national, nos parlementaires nous rendent des comptes. Il est temps pour nous de débusquer le lièvre.

Arrêtons de chercher des bouc- émissaires. Aucun député ou sénateur français, encore moins marocain, ne siège au Parlement gabonais pour rendre la France ou le Maroc responsable de nos malheurs. La cause principale de la situation dramatique de la Nation aujourd’hui est l’agonie de notre Parlement. Alors réveillons-le avant qu’il ne soit tard. Allons-nous vers nos parlementaires. Investissons leurs comptes dans les réseaux sociaux. Poussons-les à la démission, le cas échéant. Ce n’est qu’à ce prix que le peuple vaincra.

Que Dieu bénisse notre Nation et qu’à Lui Seul soient la Gloire, la Puissance et l’Honneur, aux siècles des siècles.

Nestor Bingou, Magistrat
Ancien procureur de la République.

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