Le Gabon a besoin d’institutions fortes, non d’hommes forts
Une République solide ne se construit pas autour de la puissance d’un seul homme, mais sur la force de ses institutions. Les hommes passent, les fonctions changent de titulaires, mais les institutions doivent demeurer, garantir la continuité de l’État et protéger les citoyens contre l’arbitraire.
Le Gabon, engagé dans une nouvelle étape de son histoire politique depuis les événements du 30 août 2023 et l’avènement de la Ve République, se trouve face à une responsabilité majeure : bâtir un État dans lequel la loi s’impose à tous, sans distinction de rang, de fonction ou d’appartenance politique.
Il ne s’agit nullement de nier le rôle du leadership dans la conduite des affaires publiques. Un pays a besoin de dirigeants courageux, visionnaires et déterminés. Mais la détermination d’un dirigeant ne saurait remplacer la solidité des institutions, pas plus que sa volonté ne saurait se substituer à la loi.
Un homme fort peut décider. Seules des institutions fortes peuvent garantir que la décision publique serve durablement l’intérêt général.
L’expérience politique de nombreux pays nous enseigne qu’un système reposant essentiellement sur la personnalité d’un dirigeant demeure fragile. Lorsque tout dépend d’un homme, les contre-pouvoirs s’affaiblissent, les règles deviennent vulnérables aux intérêts du moment et la succession au sommet de l’État peut devenir une source d’incertitude.
À l’inverse, lorsque les institutions sont indépendantes, crédibles et respectées, la République résiste aux ambitions individuelles et traverse les alternances sans vaciller.
Pour le Gabon, cette exigence doit se traduire concrètement. Elle suppose une justice qui rende ses décisions en toute indépendance, un Parlement qui exerce pleinement ses missions de contrôle, des organes électoraux crédibles, des institutions démocratiques respectées et une administration publique au service de tous les citoyens.
Elle exige également que les lois ne soient ni manipulées au gré des circonstances ni modifiées pour satisfaire des intérêts particuliers. La stabilité institutionnelle ne signifie pas l’immobilisme : les textes peuvent évoluer, mais dans le respect des procédures légales, au terme d’une concertation sincère et sans porter atteinte aux principes fondamentaux de la démocratie, du pluralisme politique et de l’État de droit.
La force d’une République se mesure aussi à sa capacité à protéger les libertés, à accepter la contradiction et à reconnaître la légitimité du débat politique. Une démocratie véritable ne redoute ni les voix différentes ni les critiques constructives. Elle les encadre par le droit et les transforme en leviers de progrès.
Notre ambition collective doit donc dépasser la recherche d’un homme providentiel. Elle doit viser la construction d’un État où nul n’est au-dessus de la loi, où aucun citoyen n’est au-dessous de ses droits et où aucune institution ne dépend exclusivement de la volonté d’un individu.
C’est à cette condition que la Ve République pourra tenir ses promesses, consolider la confiance entre les gouvernants et les gouvernés et inscrire les réformes engagées dans la durée.
Le véritable héritage d’un dirigeant ne réside pas seulement dans les décisions qu’il prend pendant son mandat, mais dans la qualité des institutions qu’il laisse à la Nation. La grandeur d’un chef d’État ne se mesure donc pas à sa capacité à concentrer les pouvoirs, mais à sa volonté de construire un système suffisamment solide pour fonctionner efficacement dans le respect de la Constitution et des lois, avec ou sans lui.
Le Gabon n’a pas besoin de choisir entre un leadership fort et des institutions fortes. Il a besoin d’un leadership qui renforce les institutions plutôt que de les affaiblir, d’un pouvoir qui respecte les règles plutôt que de les contourner, et d’une République qui place l’intérêt national au-dessus des intérêts personnels.
Voilà le véritable sens du renouveau républicain : non pas remplacer la dépendance à un homme par la dépendance à un autre, mais construire un État durable, juste et démocratique, dans lequel les institutions sont plus fortes que les ambitions individuelles.
Parce que les hommes passent, mais la République doit rester.
Thierry RETENAUD NDIAYE,
Président de la Coordination républicaine indépendante (CRI )






