Le Bac ou le passeport pour l’enfer (partie II) JVL
La chronique de mercredi dernier consacrée au Bac a suscité plusieurs débats et controverses sur les réseaux sociaux, qui se poursuivent encore. Signe de la sensibilité du sujet.
Le point d’opposition principal a été l’évocation des pratiques malsaines en cours dans l’organisation de cet examen entre d’un côté, le public qui en reconnaissait l’existence, souvent avec des exemples à l’appui et, de l’autre, les professionnels de l’éducation qui niaient le phénomène, exigeant des preuves « matérielles ». Autant il est difficile, sauf à faire preuve d’une cécité volontaire, de nier l’existence de ces pratiques qui elles-mêmes reflètent l’état moral du pays, autant toute généralisation serait excessive.
Il faut saluer les enseignants et les personnels administratifs qui donnent le meilleur d’eux-mêmes, ont gardé la passion et l’Amour du métier, la déontologie dans leur travail et refusé de pactiser avec la facilité, les élèves qui, en dépit des difficultés de tous ordres ont fait preuve de courage et ont obtenu, par leur travail, cet examen et enfin, les parents qui ont fait des sacrifices en supportant, outre les frais de scolarité, le coût des prépas. Mais comme on dit en économie, « la mauvaise monnaie chasse la bonne », dans un système gangréné par la corruption, les intègres deviennent marginaux.
Du reste, les statistiques de l’examen, parus après la première partie de cette tribune confirment nos doutes sur la crédibilité de l’examen : un taux de réussite de plus de 77 %, en hausse par rapport à l’année dernière, 65%, dans des conditions d’apprentissage unanimement décriées.
Le Bac en poche, que faire après ? C’est le grand saut dans l’inconnu. Il y a plusieurs années, voire des décennies, des psychologues parcouraient les établissements au deuxième trimestre en vue de donner aux futurs bacheliers des conseils d’orientation : l’offre de formation comprenant, les filières, les établissements de formation ainsi que les débouchés professionnels au terme des études. Cet exercice n’existe plus, rendu complexe à la fois par la prolifération des centres d’examen ainsi que par le faible renouvellement des personnels disponibles. L’élève est désormais livré à lui-même face à l’univers impitoyable de l’enseignement supérieur.
Premier réflexe : les grandes écoles qui bénéficient d’une présomption de sérieux et de rigueur et au sein desquelles les effectifs par classe demeurent, en termes relatifs, raisonnables. Afin de multiplier leurs chances, les bacheliers prennent d’assaut tous les concours, l’un après l’autre. En raison de vingt mille (20.000) F de frais de dossier par candidat, participer à tous les concours requière un budget non négligeable, en particulier pour les élèves défavorisés. Les postulants se comptent en plusieurs milliers pour un nombre de places limité. Là aussi, dans certains établissements, l’admission donne lieu à des pratiques dénoncées supra.
Dans ce segment, les conditions d’apprentissage se sont considérablement dégradées ces dernières années. Les effectifs ont dépassé les normes admises dans les grandes écoles alors que les capacités d’accueil sont demeurées constantes. En raison du gel des recrutements dans la Fonction publique, le déficit en enseignants est si criard que l’essentiel du corps enseignant est composé de vacataires.
Deuxième reflexe : en cas d’échec à tous les concours des grandes écoles, pour ceux dont les parents disposent de moyens, les études à l’étranger ou, sur place, les établissements supérieurs privés qui ont poussé comme des champignons ces dernières années. Avec la généralisation du LMD, chaque établissement possède ses filières de formation et délivre en propre, ses diplômes. A la différence des établissements publics dont les diplômes sont reconnus d’office, ceux des établissements privés sont sujets à caution, le contrôle pédagogique des autorités compétentes y est quasi-inexistant.
Dernier recours : les universités. Autant, le choix de l’USTM et de l’USS est fondé par des considérations précises d’orientation, autant on atterrit à l’UOB par résignation. Une jungle devenue l’UOB. Comment se préoccuper de l’accueil des nouveaux bacheliers quand celui des sessions précédentes n’est pas réglé ? Les bacheliers 2020, par exemple, n’ont commencé les cours qu’en juillet de la présente année et comme pour les autres promotions, l’année académique 2020-2021 va s’étirer sur plusieurs années civiles au point où personne, enseignants, étudiants, administration n’est capable de se donner un horizon. Au final, le taux de déperdition, par dégoût ou par découragement est très élevé, conduisant les étudiants à sortir du système ou à s’orienter vers les écoles privées.
Repenser le système d’enseignement supérieur, une marmite en pleine ébullition, doit demeurer un impératif pour les pouvoirs publics.
Jean Valentin LEYAMA






