"La censure ou le censeur" Benicien Bouschedy
Certains ont sûrement regardé mon passage sur l’émission Le livre de l’auteur hier à 20h30 sur le Groupe Gabon Télévisions. Comme d’autres parmi vous, je n’ai pas regardé. J’attendais la rediffusion prévue à 23h et sa mise en ligne pour parler et partager l’intégralité de l’échange que certains responsables du Pays ont jugé « irrespectueux et indigeste » à l’égard de l’Autorité. J’aurais tenu des propos « provocateurs » et « désobligeants » au moment où le pays traverse une crise à plusieurs équations et nécessite qu’on fasse communion de galère avec ses décideurs incompétents.
Ça s’appelle de la censure. Je n’aime pas parler de moi, mais là c’est utile. Je ne suis pas qu’écrivain. Je suis littéraire. Qu’on ne me fasse pas passer pour « les écrivains gabonais qui ne savent pas de quoi ils parlent ou à quelle réalité renvoie leurs œuvres ». Quand j’ai écrit RêveMortel en 2017, je savais ce que j’écrivais et l’impact de ce livre dans le long terme.
Je prends un exemple parmi les sujets développés hier. J’y décris l’école comme le cimetière des espoirs, avec des murs en lambeaux et des toits qui s’envolent, des enseignants poussés à la mendicité et des jeunes à la délinquance et à la prostitution. Ce descriptif est-il en phase avec la réalité gabonaise ? Ceux qui ont lu peuvent répondre. Les jeunes gabonais peuvent aujourd’hui être en droit de dire qu’ils rêvent encore de ce pays ? Ceux qui sont rentrés à l’armée ou qui apprennent au Congo, Togo, Cameroun, Sénégal, Maroc... pourront également répondre. Mais mon Dieu ! Est-ce qu’on épouse une femme en comptant sur les couilles d’un autre. C’est quoi le sens de notre indépendance ?
Quand je parle de mes livres, je les fixe dans la société et les tourne à la responsabilité. Je suis moi-même une réalité sociale, je ne peux écrire des nuées. Accuser c’est responsabiliser. Dénoncer c’est déjà proposer. Quand je réponds à certaines questions, c’est évident que je passe de la littérature à la sociologie, à la politique, à l’éthique, à l’histoire... mais parce que c’est aussi ce qu’est un écrivain. Quand je parle de mes livres, je les découvre dans des contextes où il est nécessaire et urgent que la parole se donne l’action.
Je suis écrivain, pas homme politique. Mais si le politique ne lit pas mes œuvres, comment espérer l’action ? Je l’ai dit : ceux qui nous « dirigent » ne lisent pas. Je n’incite pas à la haine. Je parle. Est-ce de l’outrage, de rappeler Ali Bongo Ondimba qu’il a promis des meilleures écoles à la place des « porcheries » dans lesquelles apprennent nos enfants ? (le mot est de lui-même). Est-ce le traiter de menteur que de faire constater qu’aucune de ses promesses sur la jeunesse gabonaise n’a jamais été réalisée depuis 2009 ? Vous exigez de la jeunesse qu’elle soit responsable, mais qu’avez vous fait pour cette jeunesse, que lui avez-vous donné ?
Bref... je disais : Rêve Mortel c’est la limite du bon sens d’une société étranglée, condamnée à la désagrégation et à la honte par ses propres enfants. Nous avons embrassé la connerie en pleine bouche comme on va sciemment dans un corps qu’on sait malade du SIDA. Le Gabon connaît mille morts désormais. Des morts engendrés par une gouvernance décadente. Mais je le répète pourtant : ceux qui nous « dirigent » ne savent même pas les priorités des Populations. Je ne parle pas de baiser, boire et prier.
J’ai encore dit : le pays ne se développera jamais tant qu’on le confie à des étrangers venus chercher de l’argent pour investir chez eux. Est-ce cela la provocation ou la xénophobie ?
Je vais m’arrêter là. Remerciant infiniment l’Equipe de cette émission qui m’a reçu, sachant que je ne suis pas le genre d’écrivain qui chante le méprisable. J’espère avoir répondu à vos questions sur la disponibilité de ce numéro d’émission qu’on ne reverra pas.
Benicien BOUSCHEDY






