GABON : L’église face à la crise et brise le silence
L’église du Gabon brise son silence face à la profonde crise que traverse le pays et aux signaux plutôt inquiétants de son futur. C’est une homélie de Mgr Mathieu Madega, Président de la Conférence des Évêques du Gabon et Évêque de Mouila que nous publions intégralement !
Chers, filles et fils de Dieu du Diocèse de Mouila, Le Seigneur est Roi, il règne éternellement ; le Seigneur donne à son peuple la bénédiction de la paix (Ps 28,10-11).
1. Nous, chrétiens, reconnaissons tous que le Seigneur règne éternellement lorsque nous professons notre foi en disant : « je crois en un seul Seigneur, Jésus Christ (…) Il reviendra dans la gloire, pour juger les vivants et les morts ; et son Règne n’aura pas de fin ». Un Règne sans fin, est un Règne éternel. En la solennité de Christ Roi de l’Univers et avec le premier dimanche de l’Avent, réaffirmons tous la royauté éternelle de Jésus le Christ, Notre Seigneur, qui « est déjà venu » et qui « viendra de nouveau, revêtu de sa gloire afin que nous possédions dans la pleine lumière les biens » que Dieu a « promis et que nous attendons en veillant dans la foi ». Acceptons avec gratitude la bénédiction de la paix qu’il nous donne, à nous son peuple.
2. Comme Roi de l’Univers, et donc Roi du ‘’Monde entier’’, Roi ‘’l’ensemble de ce qui existe’’ : visible et invisible, le Christ règne aussi éternellement sur le Gabon qui est un Etat, une Nation. Car « Selon la tradition Chrétienne, la société politique est voulue par Dieu. Du fait que Dieu est le Créateur de la nature humaine (…), il est à l’origine de la société politique et de l’Etat ». Et qu’est –ce qu’un Etat, qu’est-ce qu’une Nation ? L’Etat est – selon « ‘’Le Petit Larousse’’ – l’entité politique constituée d’un territoire délimité par des frontières, une population et un pouvoir institutionnalisé. (Titulaire de la souveraineté, il personnifie juridiquement la nation). Autrement dit, la Nation est un Etat souverain.
3. Question. Est-ce que la Seigneurie du Christ sur un Etat ne s’oppose-t-elle pas à la Souveraineté de ce même Etat ? Non, car de même que la seigneurie du Christ sur une personne ne s’oppose pas à la Liberté de cette personne, ainsi la seigneurie du Christ sur un Etat ne s’oppose pas à la Souveraineté de cet Etat. Cependant, comme pour une personne, l’exercice de sa liberté ne lui est profitable que si cet exercice est conforme à son être réellement personne selon le plan de Dieu, selon le Seigneurie et la Royauté du Christ, ainsi l’exercice de la souveraineté pour un Etat ne lui est bénéfique que si cet exercice est conforme à son être réellement Etat selon le plan de Dieu, c’est –à –dire selon la Seigneurie du Christ, le roi de l’Univers.
Le seigneur est Roi, il règne éternellement ; le seigneur donne à son peuple la bénédiction de la paix (Ps 28, 10-11).
4. Chers filles et fils de Dieu des provinces de la Ngounié et de la Nyanga, Provinces qui constituent le Diocèse de Mouila, Provinces du Gabon notre patrimoine et notre Bien Commun ? Considérons la situation générale actuelle de notre pays le Gabon est-il un Etat souverain ? Oui, le Gabon est un Etat souverain. Et bénéfique à son être réellement ‘’Etat du Gabon’’, et donc profitable à tous ces enfants ? Est- ce que le Gabon sera-t-il encore un Etat souverain dans les années à venir ?
5. Dans un futur proche ou lointain, le Gabon ne pourra encore être un Etat souverain que si, seulement si, il conserve d’abord sa souveraineté en gardant intacts les trois éléments constitutifs d’un d’Etat ; c’est –à –dire en demeurant souverain. En d’autres termes, si le Gabon veut toujours être un Etat souverain, que ses fils et ses filles exercent sa souveraineté selon la Royauté et la Seigneurie de Jésus Christ. Ils ne doivent ni hypothéquer ses terres et son espace maritime qui constituent son territoire délimité par des frontières, ni le faire partager comme un gâteau d’anniversaire de naissance ou de célébration de fête mortuaire ; la population du Gabon ne devra être ni brimée, ni brutalisée, ni dépossédée de sa terre, ni manipulée, ni méprisée, ni spoliée, ni vendue, mais une population solidement constituée par le ciment de l’amour fraternel, par le lien de la paix dans la vérité et tournée vers le futur avec une espérance réaliste ; une population sans complexe ni supériorité, qui est de l’orgueil mal placé, ni d’infériorité, qui est une pauvreté identitaire radicale regrettable et un manque d’estime de soi –même ; le pouvoir institutionnel ne devra être ni une girouette dirigée par le vent, ni un ‘’commis’’ de mains invisibles ni un ensemble d’aventuriers constituant une sorte de génération spontanée capricieuse ; le pouvoir devra être crédible et accepté d’abord par les populations qu’il est censé représenter et servir, ensuite par les observateurs tant intérieurs qu’extérieurs et par les pouvoirs frères.
Le Seigneur est Roi, il règne éternellement ; le Seigneur donne à son peuple la bénédiction de la paix (Ps 28,10-11).
6. Un territoire délimité par les frontières. Avec une expression du Pape François, désignons le territoire ‘’notre maison commune’’ au sein de laquelle les enfants sont élevés, et qu’on appelle pays, Mère- Patrie, Mère-Nation. Il s’agit d’un territoire qui n’est pas un espace de jeux où les parieurs les plus ‘aventuriers’- quel que soit leur terrain d’entrainement antérieur –se taillent la plus belle part.
Chers filles et fils di Gabon, et surtout vous les hommes, n’hypothéquez jamais ‘’notre maison commune’’, notre Mère –Patrie ; ne la dépecez pas, ne la vendez pas, mais protégez notre Mère-Patrie. Vendre toute entière la mère-Patrie et /ou la dépecer pour la vente de ses parties, est un acte de haute trahison gravement répréhensible, c’est la plus abjecte des décisions, le plus malheureux des commerces. Car la vente ou l’hypothèque de la mère- Patrie est pire que l’esclavage. On ne peut dépecer et /ou vendre la Mère que si et seulement si on n’est pas un véritable enfant de cette Mère, ou bien si on est un enfant très indigne de cette Mère. Soyez tous donc de véritables et très dignes enfants du Gabon, ‘’notre maison commune’’, notre unique Mère-Patrie, notre Pays. Le territoire est une bénédiction de paix du Seigneur. Accueillons cette bénédiction avec gratitude et gérons-la selon le plan de Dieu, selon la Royauté et sa seigneurie de Jésus Christ, pour le bonheur de toute la population.
7. Chers nombreux ; valeureux et véritables dignes enfants de la Mère-Patrie, femmes, hommes et jeunes, soyez fiers de votre Mère-Patrie, de vos terres et votre côté océanique. Conservez-les, rejetez l’aveuglement du cœur et de l’intelligence qui recherche le profit dans l’immédiat sans penser au lendemain. Où seriez-vous aujourd’hui si vos aïeux avaient consciemment vendu vos terres ? Vous n’avez qu’une seule véritable Mère Patrie, le Gabon, ‘’notre maison commune’’. Sans rendre les frontières poreuses, accueillez fraternellement vos sœurs et frères étrangers sans les accabler, ni les écraser, et sans vous laisser accabler ni écraser par eux, mais plutôt dans une réelle considération réciproque et un véritable grand respect mutuel.
L’arrogance et le mépris des uns et des autres sont bien connus de tous. Aussi cette arrogance et ce mépris doivent-ils cesser, des uns et des autres sont bien connus de tous. Aussi cette arrogance et ce mépris doivent-ils cesser, pour un meilleur vivre ensemble’’ unis dans la concorde et la fraternité ‘’. Pardonnez–vous les uns les autres ; et avec reconnaissance rendez grâce au Roi de l’Univers qui vient pour vous sauver, qui vous a donné de vivre ensemble du Gabon, en Afrique, dans le monde.
A ceux qui cèdent à la tentation de vendre et à ceux qui cèdent à celle d’acheter la poule aux œufs d’or qui serait le Gabon, sachez que les illustres ancêtres de ce pays, qui n’étaient pas des nomades mais des sédentaires, sont jaloux de leur terre de repos : ils n’accepteront pas durablement cette mauvaise transaction, cette gravissime traitrise. Respectez ces ancêtres qui vous ont légué un magnifique pays. Et si besoin, demandez-leur pardon ; alors vous serez bénis par le Christ Roi de l’Univers, du Gabon, de notre Diocèse.
Le Seigneur est Roi, il règne éternellement ; le Seigneur donne à son peuple la bénédiction de la paix (Ps 28,10-11).
8. Une population. Au sujet de la population gabonaise, par et avec son silence mystérieux, pas de merveille ! Elle exprime ainsi son accablante et asphyxiante misère et son désarroi face à un horizon devenant davantage imperceptible et un futur de plus en plus incertain. Une population qui peine à voir les résultats palpables de l’endettement de son Etat, alors que ce même Etat lui demande de faire des efforts herculéens. En effet, serait-il normal de demander constamment un don de sang à des personnes déjà souffrantes, fragiles, et en même temps leur exiger de travailler plus ? Ne serait-ce pas là, une manière de programmer leur mort ? De même comment multiplier et augmenter des taxes tout en maintenant les salaires fixes ou en les réduisant, et cela sans retombées concrètes visibles dans la vie quotidienne des populations rurales et urbaines ? N’est-ce pas là une manière mathématique de programmer la misère de la population, et de rendre la masse esclave d’un ‘’nouveau type d’oligarchie’’ ? Le contraire serait difficile à démontrer ; mais nous le savons, d’ores et déjà, les bons et mauvais commentaires seront nombreux. Et outre la situation de sa propre misère, la population a honte de la destruction, du manque ou du mauvais état de certaines infrastructures. Que penser de tous les droits fondamentaux de la population, notamment de son alimentation, de sa santé, de son éducation, de sa sécurité, de son logement … ? Que dire de ‘’l’oublie’’ de ses enfants compétents et valeureux pourtant formés par le Gabon lui- même.
9. Demandons-nous comment la Mère- Patrie peut-elle voir ses propres enfants croupir dans la misère, constater l’augmentation des crimes rituels, mais ‘’préférer’’ protéger les bêtes de la forêt au détriment des enfants en question ? Quelle est la personne qui expliquerait et pourrait convaincre en disant qu’elle aime la population et veut son bonheur, alors qui expliquerait et pourrait convaincre en disant qu’elle aime la population et veut son bonheur, alors qu’en même temps elle protège les animaux plus que cette population ? Comment aussi comprendre et accepter que des animaux qui peuvent se reproduire et grandir en près de dix ans soient davantage protégés, alors que les arbres qui demandent plusieurs dizaines ou centaines d’années pour atteindre la maturité soient voués au ‘’saccage’’, et des billes de bois sont transportés par centaines, par milliers chaque jour au vu et au su de tous ? Il s’agit d’une réelle ‘’hécatombe’’ des essences précieuses de la forêt, d’un véritable ‘’ braquage-pillage’’ du bois et de bien d’autres ressources minières, halieutiques… C’est un mauvais jeu ‘’ des puissants face aux petits exploitants nationaux empêchés de travailler depuis quelques années : jeu auquel assistent impuissantes les populations nationales empêchés de travailler depuis quelques années : jeu au quel assistent impuissantes les populations autochtones spoliées et sans défense, rendues ‘’orphelines’’ de leurs terres, de leurs eaux. Les arbres, les terres et les eaux avec ce qu’elles contiennent, crient : « Au secours ! Arrêtez, s’il vous plait, de nous massacrer ! Nous sommes nous aussi créés par Dieu, par le même Roi de l’Univers qui règne éternellement. Qu’avons-nous fait pour mériter un tel sort de votre part ? » Et les arbres ajoutent : « sans nous, sans notre oxygène, vous mourez vous aussi ». Saurons-nous écouter les cris de la nature auxquels s’ajoutent les lamentations et soupirs de la population ?
Le Seigneur est Roi, il règne éternellement ; le Seigneur donne à son peuple la bénédiction de la paix (Ps28, 10-11).
10. Un pouvoir institutionnellement. Au Gabon le pouvoir est appelé à faire en sorte que l’Etat soit toujours ce qu’un Etat doit être réellement, en plaçant la dignité de la personne humaine et son développement intégral au-dessus des actions –spectacles humiliantes et souvent maladroitement orchestrées. Puisse la prestidigitation politique- qui ne trompe que ses auteurs eux –mêmes et ne peut convaincre que des spectateurs fanatiques aveuglés par l’argent et le pouvoir- faire place à la Seigneurie du Christ qui a « un règne sans limite et sans fin : règne de vie et de vérité, règne de grâce et de sainteté, règne de justice, d’amour et de paix » (préface). Et comme la bonne santé des trois éléments essentiels pour avoir un Etat, sont aussi la garantie de sa souveraineté, chers enfants du Gabon et chers habitants du Gabon, ne soyez ni dupes, ni aveugles, veuillez ne pas faire du mensonge votre marque déposée culturelle, institutionnelle et sociale. Ceux qui aujourd’hui vous conseillent en vous maintenant dans l’erreur et le mensonge sont les mêmes qui déjà se moquent de vous, rient sous cape, et qui demain vous laisseront tomber et parleront ensuite mal de vous. Veillez donc ne pas faire confiance à qui critique et dénigre les autres avec vous, ment avec vous, vole avec vous, pille avec vous, complote avec vous ; car tôt ou tard la même personne vous critiquera avec d’autres personnes, vous mentira, vous volera, vous pillera, complotera votre ruine, le ruine du Pays.
11. Pour être véritablement un Etat afin que Jésus, que la Seigneurie du Christ y soit effective, il est urgent de sécuriser et le territoire et la population, et le pouvoir institutionnalisé. C’est le beau et impérieux rôle du pouvoir institutionnalisé lui-même. Car si un seul au moins de ces trois éléments est délaissé, négligé ou dénaturé, ou encore s’il subit une ‘’décrépitude’’, alors une sorte de déchéance étatique devient prévisible, voir inévitable. Par ailleurs, « comme le disait Saint Jean Paul II lors de sa première visite comme souverain pontife à Varsovie : ‘’l’histoire de la nation doit être jugée en fonction de la contribution qu’elle a apportée au développement de l’homme et de l’humanité, à l’intelligence, au cœur, à la conscience. » Ainsi avant leur mise en application, discernons les idéologies exogènes qui programment un avilissement de la population en ‘’minant’’ les repères de la société.
12. Puissent les slogans creux, les publicités mensongères et les éphémères distractions faire place à une prise de conscience de ce qu’est réellement le Gabon actuel, en vue d’un sursaut effectif de souveraineté et de patriotisme et un bon engagement pour le bonheur véritable de toute la population. Ainsi la Royauté de Jésus Christ va nous faire vivre de sa vie divine, lui qui vient nous visiter, « nous arrachant au pouvoir des ténèbres » afin que tout lui soit enfin réconcilié par son sang et que tout soit désormais fondé en lui-même ‘’qui vit et règne pour les siècles des siècles. Amen’’.
Que Dieu bénisse le Gabon ! Sainte Marie Mère du Christ, Roi de l’Univers, protégez le Gabon et tous ses habitants.
Mathieu MADEGA LEBOUAKEHAN , Evêque de Mouila, Président de la Conférence Episcopale du Gabon






