Gabon post-transition : pas de Ve République sans république éducative
À la veille de l’avènement de la Ve République, le Gabon vit une transition inédite. Sous la conduite du Général Brice Clotaire Oligui Nguema, les attentes populaires sont immenses. L’heure n’est plus aux slogans : c’est désormais l’école, la jeunesse et la justice sociale qui doivent incarner ce renouveau. Car une République sans projet éducatif n’est qu’un mirage institutionnel.
La future Constitution vise à rééquilibrer les pouvoirs et restaurer la confiance dans les institutions. Mais la vraie rupture attendue n’est ni juridique, ni protocolaire : elle est sociétale, économique et morale.
Par rupture sociétale, il s’agit de repenser en profondeur les rapports entre les citoyens et l’État, de désamorcer la méfiance envers les autorités, et d’instaurer une gouvernance basée sur la transparence, la participation et la redevabilité.
Par rupture économique, il faut entendre l’abandon du modèle rentier où l’État vit principalement des recettes pétrolières, au profit d’une économie diversifiée basée sur l’agriculture, l’industrie locale, les énergies renouvelables, les technologies et le capital humain.
Par rupture morale, on attend un sursaut éthique à tous les niveaux : lutter contre la corruption, restaurer la valeur du travail, et exiger l’exemplarité des dirigeants.
La République à venir ne tiendra que si elle transforme la vie concrète des Gabonais, et notamment celles des jeunes, souvent relégués aux marges du développement. C’est en redonnant sens au travail, à la justice et à l’éducation qu’on reconstruira durablement le pacte social.
La transition a réveillé l’orgueil citoyen d’un peuple longtemps muselé. La jeunesse gabonaise, notamment, n’est plus dupe. Elle veut des actes, pas des discours. Elle veut participer, proposer, entreprendre.
> "Nous n’attendons plus d’être choisis, nous voulons choisir notre avenir."
– Emmah-Florida, 22 ans, étudiante à Libreville
C’est pourquoi le renouveau républicain doit intégrer les jeunes dans les processus décisionnels.
Cela implique la création de Conseils de jeunes dans les municipalités et au niveau national, qui siégeraient de manière consultative auprès des institutions.
Cela suppose aussi l’organisation d’Assises régionales de la jeunesse, permettant aux jeunes de toutes les provinces d’exprimer leurs attentes, de proposer des solutions, et de contribuer à la définition des politiques publiques.
Enfin, des plateformes numériques participatives pourraient être mises en place pour recueillir les propositions des jeunes, lancer des débats citoyens en ligne, ou même voter sur certaines mesures symboliques.
Le peuple n’est pas un figurant : il est co-auteur du futur.
L’éducation est la matrice du développement. Or, au Gabon, elle est en crise. Les chiffres parlent d’eux-mêmes :
Taux de redoublement au primaire : 24 % (contre 10 % en moyenne en Afrique)
Abandon scolaire précoce : 1 élève sur 5 n’atteint pas le collège
Déficit en infrastructures : plus de 2 000 salles de classe manquent à l’appel
Budget alloué à l’éducation en 2024 : 12,4 % du budget national (contre 20 % recommandés)
On ne bâtira pas une République nouvelle avec une école usée, inéquitable, mal pilotée. Il faut un Pacte éducatif national, fondé sur cinq engagements :
– Garantir une école publique gratuite, inclusive et obligatoire jusqu’à 16 ans : cela suppose une révision législative, des moyens logistiques renforcés (transport, cantines, uniformes) et la lutte contre les frais occultes.
– Revaloriser les enseignants : revalorisation salariale, plan de formation continue, reconnaissance sociale accrue, système d’évaluation clair.
– Moderniser les curricula : intégration des compétences du 21e siècle (numérique, esprit critique, travail en équipe), civisme, histoire nationale, éducation environnementale.
– Développer massivement l’enseignement technique et professionnel : création de lycées techniques régionaux, partenariats écoles-entreprises, certifications professionnelles adaptées au marché local.
– Ancrer l’éducation dans les réalités locales : intégration des langues nationales, développement de programmes en lien avec les spécificités économiques des territoires (agriculture, artisanat, tourisme).
L’émergence économique ne se décrète pas : elle se prépare. Et cela commence dans les salles de classe, dans les ateliers, dans les laboratoires.
> "Pourquoi former tant de diplômés si c’est pour les condamner à l’inaction ?" – un enseignant de lycée technique national Omar Bongo.
Il est urgent de reconnecter la formation et l’emploi, par :
des stages systématiques dès le secondaire technique ;
des incubateurs scolaires et universitaires pour les projets étudiants ;
des bourses ciblées pour les filières porteuses (technologie, métiers verts, santé, énergie) ;
un fonds d’appui à l’entrepreneuriat jeune.
La transition a replacé le Gabon sur la scène internationale, comme un pays qui crédible, et veut penser par lui-même. Cette souveraineté retrouvée doit se traduire par une diplomatie éducative ambitieuse.
Cela passe par :
des coopérations Sud-Sud axées sur les échanges de savoir-faire en formation technique (avec le Maroc, le Rwanda, la Tunisie, etc.) ;
la mobilisation des diasporas gabonaises dans les universités du monde, pour favoriser le transfert de compétences ;
la signature d’accords stratégiques avec l’UNESCO, l’AUF ou la Banque mondiale sur les politiques éducatives ;
la création d’un centre régional de formation des enseignants en Afrique centrale, basé à Libreville.
Le Gabon doit devenir un pôle de formation et d’innovation en Afrique centrale.
Les autorités élues auront une responsabilité historique : traduire l’élan citoyen en politiques publiques durables.
C’est pourquoi nous appelons :
– Les décideurs à sanctuariser l’éducation comme droit fondamental, avec des budgets planchers ;
– Les citoyens à exiger des politiques éducatives transparentes, évaluables et inclusives ;
– Les associations à mener des campagnes de plaidoyer, à créer des observatoires citoyens de l’école ;
– Les enseignants à participer activement à la refondation pédagogique, en s’appropriant les nouveaux outils et méthodes.
Pas de Ve République sans enfants éduqués. Pas de développement sans enseignants respectés. Pas de nation debout sans une école digne.
Le temps est venu de faire de l’éducation notre priorité collective. Car si nous formons bien notre jeunesse, elle saura, demain, construire ce pays sur des fondations justes, solides et durables.
"Une école forte pour une nation libre."
Par Eugène Boris ELIBIYO
Planificateur des systèmes éducatifs éducatifs,
Acteur associatif et Citoyen engagé.






