GABON/Le Bac ou le passeport pour l’enfer (partie I) JVL

15 août 20210
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Bien entendu, quel élève de la classe de terminale est-il capable de contenir son bonheur devant l’annonce de son admission à l’examen du Baccalauréat ? Quel parent n’exprime-t-il pas sa fierté de voir les efforts, que dis-je, les sacrifices consentis tout au long de la scolarité de son enfant, enfin couronnés de succès ?

La réussite au Bac est de surcroît amplifiée aujourd’hui par la puissance des réseaux sociaux : on voit les parents rivaliser d’ingéniosité sur Facebook pour annoncer la nouvelle, s’en réjouir, féliciter l’enfant pour avoir «  honoré » ses parents.

Réussir au Bac pour un enfant, c’est épargner les parents du supplice de l’indignation, de la honte car, faut-il l’avouer, la compétition entre enfants s’étend aussi aux parents. Malheur à l’enfant qui a raté son Bac !

La place du Bac dans notre système scolaire, la charge émotionnelle qui accompagne son obtention, son rôle de clé d’un paradis imaginaire conduit à encourager toutes les manœuvres possibles et inimaginables dans un univers qui mérite, lui aussi et aussi surprenant que cela puisse paraître, un vrai coup de balai : l’Education nationale.

Hélas, d’année en année, depuis que la rigueur a quitté les salles de classes, le Bac est l’objet de tous les marchandages, de tous les trafics pour lesquels notre pays pourrait obtenir des médailles aux Jeux Olympiques, si tant ces pratiques infamantes étaient admises à concourir. Le Bac à n’importe quel prix !

Personne n’ose s’interroger sur sa valeur. Qui oserait assumer de se voir tancer de jaloux, d’aigri. Personne n’oserait s’interroger sur l’alchimie qui conduit à engranger des taux de réussite aussi élevés et en progression d’une année sur l’autre. Nous sommes tous conscients des lacunes particulièrement graves de notre système éducatif : classes pléthoriques, déficit d’enseignants, pédagogie approximative, affairisme, tous maux qui contribuent plutôt à une baisse criarde du niveau des apprenants.

Pis, la situation particulière résultant de la pandémie de la COVID-19, caractérisée par des fortes perturbations dans les rythmes scolaires et le raccourcissement des années académiques ne peut, en toute honnêteté, donner des bacheliers de bonne qualité. Mais, comme dans une conspiration générale, personne n’a intérêt à regarder les choses autrement, comme si chacun cherchait à se débarrasser d’un fardeau.

Pour les pouvoirs publics, ce qui compte, c’est l’organisation de l’examen. Une fois les résultats publiés, le ministre de l’Education aura réussi sa mission, le communiqué officiel fait d’autosatisfaction à l’appui. Pour les parents, c’est un soulagement, une épine ôtée du pied.

Que fera l’enfant après ? Peu importe. La désillusion c’est pour plus tard. Mal conseillé, mal orienté, livré désormais à lui-même, le bachelier va affronter l’univers impitoyable de l’enseignement supérieur. Là, c’est une autre paire de manches.

Jean Valentin LEYAMA

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