"Biens Mal Acquis : l’amnésie sélective d’Ali Bongo"

20 septembre 20260
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Dans une nouvelle tribune acerbe, le journaliste-écrivain Maixent Georges Ntoutoume-Ndong déconstruit le discours tenu samedi 19 septembre par l’ancien président Ali Bongo Ondimba. Accusant le pouvoir de Libreville de "déshonorer la mémoire d’Omar Bongo Ondimba" dans l’affaire des Biens Mal Acquis, l’ex-chef de l’Etat feint d’oublier un fait majeur : c’est sous sa propre présidence, en janvier 2011, que l’Etat gabonais s’était constitué partie civile dans ce même dossier.

Il fallait oser. Samedi 19 septembre 2026, depuis sa retraite, Ali Bongo Ondimba a retrouvé le ton de la leçon de morale. Dans une sortie au vitriol, il accuse le pouvoir de Libreville de "déshonorer la mémoire de son père", Omar Bongo Ondimba, en maintenant la position de l’Etat gabonais dans l’affaire des Biens Mal Acquis à Paris.

L’argument est si émotionnel, qu’il fait même pleurer dans les chaumières du PDG. Sauf qu’il est historiquement faux. Et même, d’un cynisme confondant.

Car Ali Bongo semble avoir oublié une date : Janvier 2011.

Qui était au pouvoir en janvier 2011 ? Pas Brice Clotaire Oligui Nguema. Ali Bongo Ondimba lui-même, Président de la République depuis 2009. Et que fait l’Etat gabonais à ce moment-là ?

Il décide de se constituer partie civile dans l’affaire des Biens Mal Acquis.

Ce n’est pas une rumeur. C’est documenté par le magazine "Challenges" dans un article du 14 janvier 2011 : "Biens mal acquis : le Gabon se constitue partie civile". L’avocat qui défendait alors le Gabon l’attribuait explicitement à une instruction du président Ali Bongo.

Autrement dit, l’homme qui accuse aujourd’hui Libreville de s’acharner contre la mémoire de son père est celui-là même qui, le premier, a fait entrer l’Etat gabonais dans une procédure visant... le patrimoine de son propre père.

L’ironie ne s’arrête pas là.

Le 1er juillet 2022, c’est son propre demi-frère, Omar Denis Junior Bongo, qui comparaît devant la justice française. Le 26 juillet 2023, c’est sa sœur Yacine Queenie Bongo qui est mise en examen. Deux actes judiciaires majeurs, intervenus sous sa présidence, avant le coup d’Etat du 30 août 2023.

Alors de quoi parle-t-on exactement ?

Le pouvoir actuel n’a pas inventé l’affaire. Il l’a trouvée sur son bureau. L’instruction a été ouverte en 2007 suite à une plainte de Transparency International France, jugée recevable en 2010. Le Gabon s’y est joint en 2011 sous Ali Bongo, a vu sa demande d’abord refusée en février 2022, puis finalement acceptée le 14 mars 2023, toujours sous Ali Bongo.

Le régime Oligui Nguema gère aujourd’hui un héritage judiciaire, il ne l’a pas créé. Ce que font les avocats actuels en 2026 avec leurs observations, on peut le débattre. Mais prétendre que c’est une manœuvre d’Oligui pour salir Omar Bongo, c’est effacer 14 ans d’histoire.

La ficelle est un peu grosse. Ali Bongo ne peut pas à la fois avoir été le président qui, pendant 14 ans, a laissé l’Etat gabonais être partie civile contre les intérêts de sa propre famille, et se poser aujourd’hui en gardien offensé de la mémoire familiale.

S’il voulait vraiment défendre la mémoire d’Omar Bongo, il avait 14 ans pour retirer la constitution de partie civile de l’Etat. Il ne l’a jamais fait.

On ne déshonore pas la mémoire d’un homme en demandant à la justice de faire son travail. On la déshonore en instrumentalisant son nom quand ça arrange, et en l’oubliant quand ça dérange.

Maixent Georges NTOUTOUME-NDONG

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