Affaire Mbanie : après l’émotion, quelle reponse appropriée ?
Il est des moments dans la vie d’une nation où l’unité apparaît comme le sacrifice ultime vers la restauration de la dignité, l’unité des filles et fils, l’unité des coeurs, l’unité des pensées.
Depuis le 19 Mai 2025, un vent glacial souffle sur notre pays, libéré par la décision de la Cour internationale de Justice (CIJ), décision démembrant le Gabon et le dépossédant d’une partie de lui-même. L’île Mbanie, quoiqu’elle soit grande ou petite, riche ou pauvre, est gabonaise et notre génération ne peut porter la responsabilité historique de l’avoir cédée à un pays frère, fût-il à la faveur d’une décision de Justice.
Le Gabon est certes un pays de Droit, un pays qui respecte ses engagements internationaux et qui voue un culte à la Justice internationale, mais un pays qui n’ignore guère que la communauté internationale est une communauté d’intérêts et que la Justice internationale revêt parfois différentes facettes au gré de ses humeurs. Il n’est alors pas question de se laisser briser par une décision de Justice visiblement critiquable.
L’heure me semble-t-il n’est pas à l’invective, aux accusations sans fondement ou à la récupération politicienne de cette circonstance de haute gravité pour notre pays. Le Président Oligui, en tant que premier Magistrat du pays, est naturellement le premier responsable de ses revers diplomatiques.
Mais il faut, à la vérité, reconnaître que la décision de la Cour internationale de Justice, rendue le 19 Mai 2025, est l’aboutissement d’une longue procédure initiée en 2020, donc trois ans avant l’arrivée aux Affaires de Monsieur Oligui. Les salves dirigées contre lui me paraissent alors infondées et contre-productives. L’heure est à l’unité autour de nos gouvernants afin d’apporter une réponse appropriée à cette déconvenue judiciaire.
Naturellement, la réponse crédible à une décision de Justice ne peut être qu’une contestation juridique. Si les décisions de la CIJ ne sont susceptibles d’appel, par principe, il demeure tout de même des voies de recours exceptionnelles, à l’instar des demandes en interprétation ou en complément des décisions. Ces voies de recours exceptionnelles , lorsqu’elles sont fondées en Droit, peuvent bien aboutir à la reformulation du contenu des décisions de la Cour.
Dans notre cas, il semble, d’une part, que la Cour n’ait pas vidé sa saisine sur la question de la délimitation maritime des frontières entre les deux pays, et d’autre part, qu’elle n’ait pas tenu compte de tous les instruments juridiques applicables dans le règlement des conflits territoriaux, s’agissant de la question de la souveraineté des îles querellées. De tels manquements peuvent emporter, de bon Droit, l’introduction d’une demande en interprétation, voire en complément de la décision de la Cour.
Sur la problématique de la mobilisation des ressources compétentes pour la partie gabonaise, il va de soi que si l’habileté des premiers représentants du pays dans ce dossier est remise en cause, a tort ou à raison, le renforcement de cette équipe apparaît nécessaire.
Dans cet esprit, l’offre d’expertise faite au Ministre des Affaires étrangères par le compatriote John Bikorvoser, Professeur de droit international public, Spécialiste des différends territoriaux et maritimes, devrait être appréciée à sa juste valeur.
D’autres spécialistes du monde de la Justice gabonaise et du monde universitaire devraient être associés à la rédaction de cette riposte juridique, en ayant bien entendu à l’esprit que la Justice internationale est une institution d’influence, et en envisageant pour le Gabon, la possibilité de s’attacher les services des lobbyistes de renom, la défense de l’intégralité de notre territoire n’ayant aucun prix.
Enfin, jusqu’à Droit connu sur les mérites de notre contestation juridique, tout règlement à l’amiable de ce litige ne devrait être engagé et la position de nos forces de défense à Mbanie ne devrait évoluer. Telle est ma modeste contribution à ce débat national.
Nestor BINGOU, Magistrat sans position,
Président du Conseil Représentatif des
Organisations Ungom du Gabon (CROUG )






