Massives expulsions de migrants nigériens par l’Algérie

26 avril 20250
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Sous couvert de défendre sa souveraineté nationale, l’Algérie s’est engagée dans une politique d’expulsions massives qui soulève aujourd’hui de lourdes interrogations juridiques et éthiques. En avril 2025, plus de 4 000 migrants, dont près de 2 750 Nigériens – parmi lesquels des femmes et des enfants – ont été expulsés vers le désert, dans des conditions qui pourraient relever du crime contre l’humanité.

Le 23 avril à Bechar, le président algérien Abdelmadjid Tebboune a revendiqué sans ambiguïté la démarche : « Je suis prêt à expulser des milliers par jour, oui, des milliers... Nous avions des accords avec le Niger ; ils s’en sont retirés, ils doivent en assumer les conséquences. », une déclaration lourde de sens.

Depuis 2024, l’Algérie a expulsé plus de 31 000 migrants vers le Niger, selon l’ONG Alarme Phone Sahara. En avril 2025, la méthode reste brutale : les expulsés sont abandonnés à « Point Zéro », dans la zone désertique de la frontière algéro-nigérienne, à 15 kilomètres d’Assamaka. Livrés à eux-mêmes sous un soleil de plomb, sans eau ni nourriture, plusieurs migrants n’ont pas survécu. Deux corps sans vie ont été retrouvés le 22 avril.

Dans ce sens, Alger invoque la rupture par Niamey des accords bilatéraux sur la gestion migratoire pour justifier ses actes. Certes, le droit international tolère des mesures de rétorsion sous conditions. Mais, comme le souligne la Commission du droit international des Nations Unies, l’expulsion ne saurait servir de levier de pression politique.

Ces éléments exposent le président Tebboune et d’autres responsables algériens à de potentielles poursuites, malgré l’absence de ratification par l’Algérie du Statut de Rome. Le principe de compétence universelle permettrait à certains États de les juger.
Au-delà des individus, l’Etat algérien pourrait être tenu responsable de violations des traités internationaux auxquels il a adhéré, tels que la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples ou le Pacte international relatif aux droits civils et politiques.

Le contexte régional aggrave la situation. Depuis le coup d’État au Niger en 2023, Alger voit son influence reculer face à l’axe Niamey-Bamako-Ouagadougou au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES). L’annulation par le Niger de la loi anti-migration de 2015 a été perçue comme un affront par l’Algérie, qui s’efforce, avec la Tunisie et la Libye, de juguler les flux migratoires sous la pression européenne.

D’ailleurs, Alarme Phone Sahara pointe du doigt la responsabilité partagée des pays européens qui, en externalisant la gestion des frontières, alimentent indirectement ces abus.

Enfin, le cas algérien pourrait bien marquer un tournant dans l’application du droit international humanitaire aux politiques migratoires agressives. Entre droit souverain d’expulser et respect des droits fondamentaux, la ligne de crête est étroite.

AAP

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