Mbanié : Michel Ongoundou Loundah invite le Gabon à « passer d’une souveraineté de possession à une souveraineté de maîtrise »

9 août 20260
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Dans le premier volet de sa série « Mbanié et au-delà », l’ancien sénateur Michel Ongoundou Loundah déplace le débat. Sans minimiser l’importance des frontières ni la défense des droits territoriaux du Gabon, il invite à regarder plus loin : au XXIᵉ siècle, la puissance d’un État ne dépend plus seulement de l’étendue de son territoire ou de l’abondance de ses ressources, mais aussi de sa capacité à maîtriser les flux, les infrastructures, l’énergie, les données et les chaînes de valeur. Une invitation, en somme, à ne plus seulement demander ce que possède le Gabon, mais ce qu’il sait réellement maîtriser, transformer et mettre en mouvement.

Et si Mbanié n’était que la partie émergée d’une question beaucoup plus vaste ?
C’est le pari intellectuel que fait Michel Ongoundou Loundah. Plutôt que de revenir une nouvelle fois sur la seule question de savoir à qui appartiennent les îlots, l’auteur propose de déplacer le regard.

Son interrogation est plus large : que révèle Mbanié de la manière dont le Gabon pense aujourd’hui sa souveraineté et sa place dans le monde ? Dès les premières lignes, le cadre est posé : « Mbanié n’est peut-être que la partie émergée d’une question beaucoup plus vaste.  »

Pour Michel Ongoundou Loundah, les enjeux dépassent les frontières maritimes. Ils touchent également aux ressources, à l’énergie, à la sécurité, aux infrastructures et surtout à la capacité d’un État à maîtriser les grandes circulations qui structurent désormais l’économie mondiale.

Le XXIᵉ siècle, siècle des flux

Le raisonnement part d’un constat : les critères traditionnels de la puissance ne suffisent plus. Territoire, ressources naturelles, force militaire... Tout cela compte toujours. Mais d’autres facteurs sont devenus déterminants : les routes commerciales, les ports, l’énergie, les réseaux électriques, les chemins de fer, les corridors logistiques, les câbles sous-marins, les données et les infrastructures numériques. D’où cette formule qui traverse toute la tribune : « Le XXIᵉ siècle est celui des flux. »
La puissance appartient désormais aussi à ceux qui savent organiser, sécuriser et maîtriser ces circulations. Et c’est là que le Gabon entre dans l’équation. Avoir des ressources ne suffit plus. Pétrole, manganèse, forêt, fer, façade maritime : le Gabon possède des atouts considérables. Mais pour Michel Ongoundou Loundah, « l’abondance des richesses naturelles ne suffit pas, à elle seule, à faire la puissance. » Une ressource qui demeure dans le sous-sol reste un potentiel.

Elle ne devient véritablement créatrice de richesse, d’emplois et d’influence qu’à travers son extraction, sa transformation, son transport et son intégration dans des chaînes de valeur. Le Transgabonais en fournit une illustration particulièrement concrète : « Lorsqu’il s’arrête, ce n’est pas seulement un train qui s’immobilise, c’est une partie de l’économie nationale qui tourne au ralenti. » Même raisonnement pour Belinga. Aussi considérable soit le gisement de fer, sa valeur stratégique dépendra des infrastructures capables de l’extraire, de l’acheminer et de le transformer : chemin de fer, énergie, logistique, port en eau profonde.

Mbanié, beaucoup plus qu’une carte

C’est à cette lumière que l’auteur revient au dossier Mbanié. La souveraineté territoriale reste fondamentale. Mais contrôler un espace maritime ne se résume pas à colorier quelques kilomètres carrés supplémentaires sur une carte. Derrière ces espaces se trouvent potentiellement des ressources offshore, des zones de pêche, des routes de navigation, des enjeux de surveillance maritime, des infrastructures énergétiques et numériques, ainsi que les perspectives considérables de l’économie bleue. D’où cette phrase qui résume l’esprit de toute la série : « Voilà pourquoi il faut penser Mbanié au-delà de Mbanié. »

Au cours d’une conversation, Michel Ongoundou Loundah est allé plus loin dans son raisonnement. Il propose une hypothèse volontairement provocatrice. «  Imaginons que, de manière tout à fait extraordinaire — et dans des circonstances aujourd’hui difficilement envisageables — le Gabon récupère un jour quelques portions supplémentaires de territoire terrestre dans les zones frontalières autour d’Ebebiyin ou de Mongomo. Qu’est-ce que cela changerait réellement pour les Gabonais, sinon peut-être flatter notre ego ? Nous avons déjà un immense territoire que notre faible population peine à occuper et à mettre en valeur. Les vrais enjeux sont désormais ailleurs. »

Le propos ne consiste évidemment pas à considérer les frontières comme secondaires. Encore moins à suggérer qu’un État devrait renoncer à défendre le moindre droit territorial qui lui appartient.

Il invite plutôt à distinguer deux choses : la possession du territoire et la maîtrise de la puissance qu’il peut produire. Pour lui, « le débat du XXIᵉ siècle n’est plus seulement celui de la possession. Il est aussi celui de la maîtrise. Posséder davantage de territoire sans être capable de valoriser celui que l’on possède déjà ne produit pas nécessairement davantage de puissance.  »

Et Michel Ongoundou Loundah de poursuivre son raisonnement par une série de questions : « Que fait actuellement notre pays du territoire qu’il possède déjà ? Comment le peuple-t-il ? Comment connecte-t-il ses villes, par exemple Libreville et Ndjolé ? Comment y fait-il circuler les hommes et les marchandises ? Comment transforme-t-il ses ressources ? Comment sécurise-t-il son énergie ? Comment maîtrise-t-il ses espaces maritime et numérique ? »

Posséder un immense territoire, en effet, ne suffit pas si des pans entiers restent enclavés, faiblement peuplés et insuffisamment connectés au reste du pays. C’est en ce sens que l’auteur invite finalement ses compatriotes à changer d’échelle dans leur manière de penser la souveraineté. Non pas renoncer au territoire. Mais comprendre que le territoire n’est véritablement une puissance que lorsqu’on sait le peupler, le connecter, le sécuriser, le transformer et le mettre en mouvement.

La conclusion de la tribune prend tout son sens lorsqu’il écrit : « Les nations qui compteront au XXIᵉ siècle ne seront pas forcément celles qui possèdent le plus. Ce seront aussi celles qui sauront le mieux relier, faire circuler, sécuriser, transformer et créer de la valeur. »

Au-delà de Mbanié se dessine alors, selon Michel Ongoundou Loundah, une interrogation beaucoup plus vaste que le sort de quelques îlots : « Le Gabon saura-t-il passer d’une souveraineté de possession à une souveraineté de maîtrise ? »
C’est peut-être là que commence le véritable débat.

RDB

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