À Airaines, Jean-Claude Pango rend hommage au capitaine Charles Ntchoréré : un pont mémoriel entre Iboudji et la Somme

3 juin 20250
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Dans la petite commune d’Airaines, nichée dans le département de la Somme, une cérémonie émouvante s’est tenue en hommage aux soldats africains morts pour la France. À l’honneur : le capitaine Charles Ntchoréré, officier franco-gabonais assassiné par les Nazis en juin 1940 pour avoir refusé de renier son grade. Cette commémoration a été marquée par une présence gabonaise de haut niveau, témoignant de la volonté de faire vivre une mémoire transcontinentale et intergénérationnelle.

Organisé par la municipalité d’Airaines, en partenariat avec des associations franco-gabonaises, cet hommage solennel a réuni diplomates, élus, militaires, citoyens et représentants de la diaspora autour d’un symbole fort : la fidélité à la mémoire des combattants africains.

Jean-Claude Pango : un messager de la mémoire venu d’Iboudji

Parmi les personnalités présentes, Jean-Claude Pango, Délégué Spécial de la commune gabonaise d’Iboudji (Ogooué-Lolo), a pris une place particulière. Ancien haut fonctionnaire du ministère gabonais des Affaires étrangères, aujourd’hui retraité, il s’implique activement dans les actions mémorielles locales.

À Airaines, il a fait le lien entre le souvenir du capitaine Charles Ntchoréré et l’engagement civique de la jeunesse gabonaise. « Le capitaine Ntchoréré est une figure dont la mémoire nous oblige à réfléchir sur notre histoire, sur le courage et sur le respect de la dignité humaine. À Iboudji, je prendrai le temps de restituer ce que j’ai vu et entendu ici », a-t-il déclaré. Il prévoit de transformer ce moment de recueillement en un temps de transmission, à travers des rencontres avec la population locale, notamment les jeunes.

Des racines à Libreville : la présence des autorités gabonaises

La cérémonie a également été marquée par la participation d’une délégation officielle de la commune de Libreville, d’où est originaire le capitaine Charles Ntchoréré. Conduite par le premier adjoint au maire, elle représentait le Délégué Spécial Adrien Nguema Mba.

Cette mobilisation illustre l’importance que les autorités gabonaises accordent à la préservation de leur patrimoine historique et à l’entretien des relations décentralisées avec la France.

Le rôle central et structurant de la diaspora gabonaise

Un autre pilier fondamental de cette commémoration est la diaspora gabonaise, dont l’engagement indéfectible contribue depuis plusieurs années à faire vivre la mémoire du capitaine Charles Ntchoréré. Présente en France mais surtout en Belgique, cette diaspora joue un rôle moteur dans la consolidation et la pérennisation de cet événement.

Parmi ses figures les plus actives, Oscar Dibengui Kombila occupe une place de premier plan. Membre de l’association Airainais et Gabonais en Action ainsi que du Club Mont Iboundji, il incarne cette dynamique diasporique tournée vers le devoir de mémoire et la coopération internationale.

Ces structures citoyennes s’inscrivent dans une logique de partenariat durable avec les collectivités locales, tant en Afrique qu’en Europe, et particulièrement avec les institutions gabonaises. Leur implication traduit une volonté claire : ancrer la mémoire du capitaine Charles Ntchoréré dans les consciences collectives, au-delà des frontières et des générations.

Par leur présence constante, leur force de proposition et leur travail de terrain, les membres de cette diaspora sont devenus de véritables passeurs de mémoire, œuvrant pour que ce pan de l’histoire commune entre la France et le Gabon reste vivant, reconnu et enseigné.

Une commémoration rehaussée par la présence présidentielle en 2024

Il convient de rappeler que cette commémoration a pris un tournant historique en 2024, avec la participation, pour la première fois, du Président de la République Gabonaise, Chef de l’État, Son Excellence Brice Clotaire Oligui Nguema. Sa présence a marqué une volonté affirmée de redonner une visibilité forte au sacrifice du capitaine Charles Ntchoréré et de faire d’Airaines un haut lieu de mémoire nationale et panafricaine. Le chef de l’État gabonais a exprimé son ambition de donner un cachet particulier et pérenne à ce lieu, dans une logique de reconnaissance historique et de construction d’un récit mémoriel commun.

Un devoir de mémoire partagé

Des gerbes de fleurs ont été déposées au pied du monument aux morts d’Airaines, suivies d’une minute de silence en mémoire des soldats tombés pour la France. L’émotion était palpable durant ces instants de recueillement, ponctués également de prières œcuméniques, rendant hommage aux défunts dans un esprit de respect et de spiritualité partagée.

L’accent a été mis sur la contribution souvent méconnue des combattants africains, dont le sacrifice pour la liberté reste trop peu valorisé dans les récits historiques dominants. À travers cette cérémonie, la figure du capitaine Charles Ntchoréré dépasse les frontières nationales pour devenir un symbole universel de bravoure, de dignité et de résistance à l’injustice.

Et après ? Une mémoire vivante

À son retour au Gabon, Jean-Claude Pango entend prolonger ce travail de mémoire. Des ateliers de sensibilisation, des causeries communautaires et des activités pédagogiques sont envisagés à Iboudji et dans les écoles environnantes. « Il ne s’agit pas seulement de se souvenir, mais de faire vivre cette mémoire à travers l’engagement civique de nos jeunes », a-t-il confié.

Ce 1er juin 2025 aura donc marqué bien plus qu’une cérémonie : il aura ravivé un lien historique, affectif et politique entre les terres picardes et les terres gabonaises. Un pont mémoriel solide, dressé sur les valeurs de respect, de justice et de reconnaissance — désormais porté aussi bien par les institutions que par les citoyen·ne·s de part et d’autre.

DM

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