L’indignation sélective : Quand le monde choisit ses causes
Il y a des drames qui secouent la planète entière, qui mobilisent les médias, enflamment les réseaux sociaux et poussent les gouvernements à réagir. Puis, il y a ceux qui se déroulent dans un silence assourdissant, loin des projecteurs, loin des regards, comme s’ils étaient moins dignes d’intérêt. L’Afrique, et le Gabon en particulier, en font souvent les frais.
Quand une crise éclate en Occident, les élans de solidarité fusent de toutes parts. On voit des drapeaux aux couleurs du pays touché inonder les profils Facebook et Twitter, des célébrités s’indigner, des chefs d’État multiplier les condamnations officielles. Mais lorsque l’Afrique saigne, le monde détourne le regard.
Prenons l’exemple des conflits armés. La guerre en Ukraine a suscité une mobilisation sans précédent, avec des sanctions économiques immédiates et une couverture médiatique constante. Pendant ce temps, au Soudan, en République démocratique du Congo, ou encore en Centrafrique, des massacres se multiplient dans une indifférence glaciale. Qui pleure pour ces victimes ? Qui exige des comptes ?
Au Gabon, la situation politique et économique est tout aussi révélatrice. Le pays, riche en ressources naturelles, reste enlisé dans des inégalités profondes, avec une élite qui s’accapare les richesses pendant qu’une grande partie de la population peine à joindre les deux bouts. Lorsque les Gabonais se battent pour leurs droits, les projecteurs internationaux restent éteints. Pas assez spectaculaire ? Pas assez "vendeur" pour les médias internationaux ?
Et même au sein du continent, l’indignation fonctionne à géométrie variable. Certains drames captent l’attention des Africains eux-mêmes, tandis que d’autres sombrent dans l’oubli. Est-ce parce que nous avons intériorisé cette injustice ? Parce que nous avons été conditionnés à penser que certaines souffrances valent plus que d’autres ?
Cette indignation sélective n’est pas seulement le fait des puissances occidentales ou des médias. Nous, Africains, devons aussi nous interroger sur notre propre manière de réagir aux injustices qui nous entourent. Pourquoi sommes-nous plus enclins à nous insurger contre une crise en Europe qu’à dénoncer les abus dans nos propres pays ?
L’injustice, où qu’elle soit, mérite d’être combattue avec la même énergie. Il est temps de briser ce silence, de refuser cette hiérarchisation des souffrances et de nous mobiliser pour *toutes* les causes justes, qu’elles soient sous les feux des projecteurs ou reléguées dans l’ombre.
L’indignation ne devrait pas être une mode, elle devrait être un principe.
LLDG






