21 mars : « Journée mondiale de la poésie »
Le 20 mars 2025, la Mairie de Libreville a abrité la cérémonie solennelle de remise de prix aux meilleurs jeunes poètes du « concours national de poésie et de slam ». Depuis octobre 1989, l’Organisation des Nations pour l’Education et la Culture (Unesco) a décrété le 21 mars Journée mondiale de la poésie. Et les écrivains gabonais ne sont pas restés en marge de cette célébration.
Après les organisations de l’union des écrivains gabonais (UDEG), la Ligue Professionnelle de Enseignants (LPE, une structure associative qui œuvre pour la vulgarisation de la poésie), a, depuis cinq(5) ans pris le relais. Elle organise chaque année un « Concours national de poésie et de slam », dans les établissements scolaires sur toute l’étendue du territoire gabonais.
Ainsi, plusieurs thèmes évocateurs ont été abordés depuis ces années. En 2021 : « L’exile et le voyage » ; en 2022 : « Les mots fleurissent la paix » ; en 2023 : Mon hymne pour la salubrité » ; en 2024 : « Hymne à la patrie ». Cette année, le comité d’organisation a choisi comme thème : « Célébrons nos cultures, célébrons nos valeurs ».
La cérémonie a été ponctuée par plusieurs prises de parole et prestations oratoires des élèves venus des différents établissements scolaires de Libreville, Owendo et Akanda dans un esprit poétique.
La toute première prise de parole a été donnée à l’hôte de la cérémonie, c’est-à-dire le Délégué spécial de la Commune de Libreville, le général de Judes Ibrahim Rapontchombo. Il a tenu à saluer la Ligue des enseignants qui œuvre pour l’épanouissement et la vulgarisation de la poésie gabonaise.
Prenant la parole à sa suite, le Président de la Ligue des enseignants Honoré Ovono Obame a explicité le thème de cette année. Selon celui, ‘‘ce thème raisonne dans un contexte tout à fait particulier, chargé des valeurs sémantiques pour dire l’amour de la poésie pour l’humanité’’.
En cette période de restauration de notre identité culturelle, la poésie se doit de se revêtir un devoir, celui de dire la vie de son peuple et de partager ses valeurs. Elle devient en ce sens un témoignage vivant de notre identité collective. Qu’elle soit gabonaise, africaine ou mondiale, elle est ce pont entre le passé et le présent, entre les peuples et les individus permettant de célébrer ce qui nous unis tout en honorant ce qui nous rend unique.
Dr Judicaël Gnangui
En effet, célébrer nos cultures à travers la poésie, c’est exploré cette capacité unique de nous relier à nos racines. Les poètes, à travers leurs vers savent inscrire dans leurs œuvres des éléments clés de notre histoire, nos traditions, nos croyances, nos rites et nos légendes. Cela a pu être apprécié à travers les 1142 textes poétiques reçus sur toute l’étendu du territoire après le concours lancé en octobre 2024. Le travail était fastidieux pour ne retenir que16 meilleurs textes.
Le thème retenu a permis de réfléchir sur la préservation de notre identité culturelle à travers l’art poétique. Dans chaque poème se trouve un message de paix, d’harmonie et de tolérance. La poésie devient également un outil pédagogique efficace pour l’enseignement et la sensibilisation de la jeunesse. Elle est la richesse par laquelle les enseignants partagent les connaissances du patrimoine culturelle matériel et immatériel de nos valeurs universelles et humanitaires. Cela permet de transmettre le respect, l’égalité, tout en éveillant l’esprit de créativité et d’engagement citoyen.
Après la présentation du président de la Ligue des enseignants, et entre les différentes prestations oratoires des élèves, il y a eu trois grandes communications.
La première communication fut celle de Raïssa Kanga Massala, une Doctorante en Lettres Modernes à l’Université Omar Bongo (UOB). Elle portait sur : « Poésie africaine, miroir de l’identité culturelle du continent ».
Selon elle, la poésie est plus qu’un simple langage. C’est une archive vivante des arts collectives. Elle fonctionne comme un miroir critique des réalités sociales et comme un laboratoire d’une identité nationale en devenir. En divisant son propos en trois (3) parties, Kanga Massala a tenu à démontrer premièrement que la poésie est enracinée dans la culture et la tradition gabonaise. En cela, elle évoque la nature qui est la matrice identitaire symbolisée par le langage.
L’évocation des forêts et des fleuves n’est pas un simple élément de décors, mais une présentation des archétypes actifs dont la construction de l’identité nationale à la fois encrée dans le sacré et confronté aux défis de la modernité. Le deuxième pant de sa communication portait sur la « poésie engagée : critique et défense des réalités sociales : la plume comme arme esthétique de la révolte et contre-discours postcolonial ».
Pour elle, la poésie devient comme une écriture insoumise sous les effets d’influences de la post-colonisation. La dernière inflexion était consacrée à la quête d’une identité et une mémoire collective. En ce sens, la poésie explore comment les poètes transforment les silences de l’histoire en parole résiliente tissant une mémoire collective à partir des fragments épars de l’intime.
La deuxième communication était celle de Paul-Anicet Mounziegou, Professeur de Lettres/Ecrivain portant sur « La poésie, passerelle de nos valeurs culturelles ». Après avoir fait le contour définitionnel la poésie, on retient que c’est l’art des belles lettres, la capacité de dire autrement ce que le citoyen lambda pense communément. C’est la piste où se trémoussent les mots, la sonorité, la le rythme et la musicalité.
Dans le fond de sa communication, il était question de savoir comment la poésie pouvait servir de passerelle ou de véhicule pour nos valeurs culturelles (langues, rites, légendes, proverbes, etc.). Il a ensuite démontré que les poètes gabonais font l’apologie de leur milieu anthropologique en évoquant leur village. Tout cela pour inviter les jeunes à y aller afin de découvrir les merveilles de la nature. Plusieurs exemples ont été évoqués.
La troisième et dernière communication fut celle de Donald Mantsagamami, Conseiller pédagogique de Français-Poète. Sa communication s’intitulait : « La poésie gabonaise, une poétique des valeurs culturelle ». Il a démontré que la poésie gabonaise était riche de son passé oral et écrit. Elle joue un rôle primordial dans cette démarche. Elle devient un espace pour les valeurs fondamentales du Gabon.
Chaque poème devient comme un pont entre hier et demain, entre l’histoire et l’avenir de notre nation. Elle est un instrument vivant de transmission et transformation de notre jeunesse. Elle porte l’âme du Gabon. Une réflexion constante sur l’identité. Elle favorise le dialogue avec nos ancêtres et nous projette vers le futur où nos valeurs continueront de nourrir le présent. Il a insisté sur trois éléments distincts : l’encrage de la poésie gabonaise dans les valeurs culturelles ; l’évolution des thèmes poétiques depuis l’indépendance jusqu’à nos jours ; et enfin, l’évocation des auteurs gabonais et leurs œuvres emblématiques.
La cérémonie a pris fin avec la distribution des prix aux différents lauréats de l’année 2025. Le prix d’Excellence est revenu à Grâce Bella de la 4ème à l’Institut Léon MBA. Elle a obtenu le meilleurs prix offert par un des sponsors, Air-France, un billet Aller-retour, Libreville-Paris, Paris-Libreville. Le rendez-vous a été donné pour l’année 2026.
Dr Judicaël GNANGUI,
Attaché de Recherche
Critique et poétique des textes francophones
et écritures infantiles
CENAREST/IRSH/DELCA/GRILNA






