Du parti-État à la Ve République : avons-nous vraiment changé nos pratiques ?

27 octobre 20260
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Pour moi, le multipartisme instauré en 1990-1991 n’a pas véritablement mis fin au système du parti unique. Il a surtout permis au système PDG de se maintenir au pouvoir sous une autre forme : celle du parti-État.

À la fin des années 1980, face à un peuple qui réclamait la démocratie et le changement, Omar Bongo Ondimba avait compris que le maintien du système politique en place devenait difficile sans concessions apparentes. Ma lecture est qu’il a alors privilégié une stratégie de contrôle de la transition politique, en s’appuyant sur des alliances et des arrangements avec certains acteurs, afin de préserver son pouvoir.

Pendant ce temps, des hommes et des femmes qui réclamaient réellement le changement ont payé un lourd tribut. La mémoire de figures comme Joseph Rendjambé Issani doit nous rappeler le prix payé par ceux qui se sont opposés au système. D’autres acteurs politiques ont, en revanche, choisi le compromis ou les arrangements avec le pouvoir.

C’est ainsi que nous avons vu s’installer un multipartisme dont la réalité était profondément limitée par la domination du PDG. Le parti et l’État semblaient se confondre : pour accéder à certaines responsabilités, obtenir une nomination ou espérer progresser dans l’administration, l’appartenance au PDG constituait souvent un avantage déterminant, voire une pression.

C’est pourquoi je n’ai jamais considéré le PDG comme un grand parti au sens démocratique du terme. Je l’ai considéré comme un parti-État, dont la puissance reposait largement sur sa proximité avec l’appareil étatique et sur les mécanismes de conservation du pouvoir.

Un grand parti, à mes yeux, est un parti qui convainc librement les citoyens, qui accepte une véritable concurrence et qui peut gagner sans avoir besoin de fabriquer ses opposants ni de contrôler les règles du jeu politique.

Aujourd’hui, nous sommes dans la Ve République, après le 30 août 2023. Nous avons donc une responsabilité historique : ne pas reproduire les pratiques du passé.

Je suis UDBiste et j’assume pleinement mon engagement à l’Union démocratique des bâtisseurs. Je souhaite que l’UDB soit forte, qu’elle réussisse et qu’elle gagne durablement la confiance des Gabonais. Mais cette force doit venir de son projet, de ses résultats et de l’adhésion populaire, pas d’arrangements politiques qui privent les citoyens de leur liberté de choix.

Les élections législatives de 2025 doivent nous servir de leçon. Qu’il s’agisse de l’UDB, du PDG ou d’autres formations, les arrangements entre responsables pour favoriser certains candidats ou en écarter d’autres ne doivent plus prendre le pas sur la volonté des électeurs.

Je veux une UDB forte, mais je veux surtout une démocratie dans laquelle le peuple choisit réellement ses représentants.

C’est cela, pour moi, le véritable changement : changer les dirigeants, oui, mais surtout changer les pratiques politiques.

Justine LEKOGO

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